4Gas veut aller au bout

Oui, la société 4Gas compte mener à bien son projet de terminal méthanier au Verdon-sur-mer.
A la pointe du Médoc, les opposants sont à nouveau sur le pied de guerre.



4Gas veut aller au bout
Sans réelle surprise, la société néerlandaise 4Gas a confirmé son intention de tout faire pour réaliser le terminal méthanier qu'elle projette d'installer sur un terrain du port autonome de Bordeaux, au Verdon-sur-mer. Pour ce faire, elle n'a pas eu besoin d'utiliser le maximum de trois mois qui lui étaient impartis à compter de la publication du bilan du débat public, le 18 avril dernier. Bilan synthétique où la commission nationale du débat public (C.N.D.P.) émet des recommandations à l'adresse du maître d'ouvrage. Notamment celle-ci : « A propos de l'implantation du terminal, une attention aiguë devra être portée à la question de la distance avec les habitations et équipements publics avoisinants. N'est-il pas envisageable d'éloigner les installations ? » Dans la nouvelle mouture de son projet, 4Gas n'a pas retenu cette possibilité. Pourquoi ? « Parce que nous voulons absolument faire usage de l'appontement existant, qui offre quinze mètres de tirant d'eau », résume Henk Jonkman, directeur de 4Gas France, en charge du projet Pegaz au Verdon. Un instant de réflexion, et il ajoute que sa société ne souhaite pas rallonger la canalisation cryogénique qui relie l'appontement, où les navires méthaniers déchargent leur cargaison de gaz naturel liquéfié (GNL), et les cuves de stockage. Henk Jonkman invoque pour cela un souci de maîtrise des risques : rallonger les canalisations reviendrait à augmenter les risques.


> En revanche, « nous avons pris des mesures pour augmenter la sécurité de manière considérable par un système de rétention autour des canalisations, de manière à éviter l'épandage de GNL en cas d'accident », poursuit le directeur de 4Gas France. Le thème des risques a effectivement été omniprésent pendant le débat public mené du 1er septembre au 14 décembre 2007. Notamment les risques technologiques spécifiques du GNL. L'éloignement, jugé trop faible, entre les premières habitations du village et un terminal méthanier classé Seveso 2 reste au coeur des protestations des opposants, regroupés en Médoc au sein du collectif Une Pointe pour Tous, et plus largement dans Le Collectif des deux Rives (Médoc/Charentes).
4Gas dit « avoir beaucoup travaillé sur l'aspect paysager ». Ce qui se concrétiserait par le prolongement de l'espace dunaire existant aux abords de l'ancien appontement pétrolier ainsi que par une végétalisation de l'ensemble. Il s'agit pour le maître d'ouvrage de prendre en compte l'impact visuel des installations. En particulier les deux à trois cuves de stockage de 45 mètres de haut pour 85 mètres de diamètre. 4Gas prévoit cette fois-ci de les enterrer peut-être jusqu'à 20 mètres de profondeur, cela dépendra du résultat définitif des études de sol qui ont été menées. Un point qui fait sortir de leurs gonds les militants de Une Pointe pour Tous, notamment un de ses leaders, Philippe Lucet, qui fait remarquer qu'aucune étude de sol sérieuse n'a été présentée lors du débat public et qu'il sait d'expérience que la profondeur de forage est extrêmement limitée dans cette zone estuarienne. « Le but est de proposer une solution intermédiaire entre notre proposition initiale de cuves enterrées à 4 mètres de profondeur et les 20 mètres envisageables, c'est ce que nous allons présenter avant la fin du mois dans le dossier de demandes qui sera remis au préfet », explique Henk Jonkman.

> En tout état de cause, le creusement d'excavations supplémentaires allongerait d'encore une année la durée des éventuels travaux. Rappelons que lors de la présentation du projet Pegaz au Verdon, dans une salle Lothécia bondée, 4Gas envisageait un début de construction du terminal en 2008 pour un démarrage de l'exploitation en 2011. C'était avant qu'un débat public ne soit organisé. Avant que la société néerlandaise ne revoie son plan à la baisse en passant de cinq à trois, voire deux cuves. Avant que la colère ne monte très fort à la pointe du Médoc.
4Gas souhaite manifestement lâcher un peu de lest, tout en conservant son cap. Le maître d'ouvrage retiendrait ainsi l'idée de fabriquer sur place, par la méthode de l'électro-chloration, l'eau de javel nécessaire à la regazéification du méthane, et non pas de l'importer sur le site et de l'y stocker.
Une information qui ne devrait pas satisfaire ceux qui ne veulent tout simplement pas de ce type d'installation industrielle si près de leur village, si près de la plage de la Chambrette et de Port-Médoc, pour si peu d'emplois promis (38 à 52 emplois directs en phase d'exploitation), dans un contexte environnemental si différent de Antifer ou Dunkerque, où deux terminaux méthaniers sont également en projet. Selon eux, économie touristique et industrie à risque sont incompatibles. « C'est vraiment de la provocation », estime Philippe Lucet après avoir appris la décision de 4Gas. « Du point de vue commercial, nous menons des négociations encourageantes avec de très gros opérateurs internationaux, des clients potentiels, qui nous confortent dans l'idée que Le Verdon est l'endroit idéal pour un terminal méthanier », argumente Henk Jonkman.

> Logique locale et citoyenne contre logique internationale et marchande. Le mélange est détonnant. La commission particulière du débat public (C.P.D.P.) a pu s'en rendre compte pendant toute la durée du débat. Où l'on reparle de « l'acceptabilité so-ciale » du projet. Une donnée qui ne se mesure pas aussi facilement qu'une cuve de stockage. Lors d'une récente consultation purement symbolique (puisque non prise en compte dans le débat public), 68 % des électeurs verdonnais qui se sont déplacés pour donner leur avis ont dit leur opposition au principe d'un terminal méthanier sur leur commune. Quant à Martial Havel, au nom de l'Union pour le développement du Verdon (U.D.V.), il vient de sortir de son silence pour se réjouir que 4Gas ait confirmé sa décision d'implanter un terminal méthanier sur la zone portuaire du Verdon. Le collectif Une Pointe pour Tous, lui, invite les militants médocains et charentais, samedi 14 juin à
10 h 30 sur la plage de la Chambrette au Verdon, pour une lecture publique d'une lettre ouverte à 4Gas, et décider des actions à mener. Le collectif s'est également offert une pleine page d'information dans trois éditions du quotidien « Sud Ouest ». La trêve est terminée.

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