A deux contre un

Vainqueur en 2001 à la faveur d’une triangulaire, Sébastien Hournau part favori pour se succéder à lui-même. Mais son ex-adjoint, Daniel Bernard, espère bien lui jouer un tour…



A deux contre un
De son bureau, Sébastien Hournau a une vue im-prenable et superbe sur l’estuaire et Patiras. Il faut croire que l’argument n’est pas négligeable pour qu’on veuille l’éjecter avec autant de force de son fauteuil de maire de Pauillac. Le 9 mars - et éventuellement le 16, si nécessaire -, ils seront deux, face au maire sortant, à conduire chacun une liste pour parvenir à leurs fins.
Deux listes apolitiques, comme il se doit dans une commune de 5.275 habitants, où l’on sait bien que la personnalité des hommes et des femmes qui la composent compte sans doute davantage que leurs étiquettes politiques. Côté apolitique de droite, le chef de file se nomme Jean-Louis Ludger. A 61 ans, ce Pauillacais de naissance a fait toute sa carrière dans le groupe Shell. A Pauillac, bien sûr, puis, à partir de 1981, à l’étranger, à Bornéo, au Gabon, au Nigeria, au Zaïre, où il a conduit de très importants projets de recherche et d’exploitation pétrolières.

> Il y a deux ans, à l’occasion de sa retraite, il a retrouvé la terre de son enfance et de son adolescence, celle où il jouait au rugby, au S.P.I.C., bien sûr, jusqu’à en devenir le président à la fin des années 70, avant son expatriation. Pauillac est une ville dans laquelle il a désormais l’intention de s’impliquer. Et pour lui, « c’est par les élections et le conseil municipal qu’on peut faire bouger les choses, en détenant les leviers de décisions », plus que par un simple engagement associatif.
Pour parvenir à cet objectif, Jean-Louis Ludger a composé une « liste de compétences », plus que d’appartenances. « Nous ne som-mes que quatre membres de l’U.M.P., les autres ne sont pas encartés », tient-il à préciser. D’ailleurs, le logo du parti présidentiel ne devrait pas figurer pas sur les documents officiels de campagne. Gérard Regimbeau, principal opposant au maire dans le conseil actuel, y figure en troisième position, derrière Armelle Daumens, partante pour le poste de première adjointe.
Partant du constat global d’un « certain manque de dynamisme et d’un laisser-aller certain de la ville », Jean-Louis Ludger développe les grands thèmes d’un programme conforme à l’idée que l’on se fait d’un cadre de multinationale, qui sait manager des équipes, au discours globalement libéral : développement économique par la venue de nouvelles entreprises en étendant la zone industrielle, inciter les propriétaires du centre ville à rénover des logements en direction des classes moyennes, « qui pourraient relancer l’économie par la consommation », lutte contre une « désinvolture inadmissible chez certaines familles », à qui il suspendrait bien les aides du C.C.A.S. quand leurs enfants mineurs traînent la nuit dans les rues de la ville, « instaurer une relation au travail différente » au sein du personnel communal, dont il estime qu’il n’est « pas assez sur le terrain ».

> Sur ce dernier point, Daniel Bernard, qui se présente aussi comme « apolitique et indépendant », est d’accord. L’ancien adjoint aux finances de Sébastien Hournau, redevenu simple conseiller il y trois ans et, depuis, « aiguillonneur » permanent de la politique - notamment budgétaire - du maire sortant, parle de « réorganiser l’encadrement pour réintroduire de l’efficacité ». Sa proposition concrète sur ce point : créer une sorte de main courante des demandes des ci-toyens pour les diverses interventions du personnel communal, qui serait tenue à jour et consultable par tout un chacun pour savoir où en sont ces demandes. « C’est de la transparence la plus élémentaire », commente ce Pauillacais de toujours, bien décidé à troubler le jeu. Sa liste, toutefois, ne sera révélée que bien plus tard, pour des raisons tactiques.
Pour lui, Pauillac, empêtré dans de multiples intercommunalités, n’est plus le vrai centre des décisions qui concernent la ville. « La communauté de communes, dit-il, nous a coûté beaucoup plus cher qu’elle aurait dû nous coûter. » Il focalise notamment ses critiques sur le futur aménagement des quais, qu’il juge « trop grandiose », mais surtout pensé au sein d’un syndicat mixte dont font partie Pauillac et Blaye. « Ce qui s’est décidé, affirme-t-il, l’a été après des simulacres de réunions publiques. Il faut redonner aux Pauillacais la maîtrise de leurs choix. Les touristes veulent quel-que chose de beaucoup plus naturel, pas de planches comme à Deauville ou de pavés comme à Bordeaux. »
L’économie et le social sont également au centre de ses préoccupations : ne pas « laisser passer » l’implantation d’entreprises, transformer les « dépenses passives en dépenses actives ». Formule un poil grandiloquente qui signifie, par exemple, qu’au lieu d’aider ponctuellement les personnes modestes à payer leurs factures de chauffage, mieux vaudrait les aider à effectuer des travaux d’isolation dans leurs logements afin de réduire leurs factures. « Il y a beaucoup d’économies à faire dans la gestion de la ville, ajoute-t-il. 50 millions d’euros ont été dépensés en sept ans. Et franchement, à part le réaménagement de la place de Lattre de Tassigny, on a du mal à comprendre un tel chiffre. »

> Toutes ces critiques n’ont pas l’air d’émouvoir Sébastien Hournau, qui en a entendu d’autres avec Daniel Bernard. Avec sa liste renouvelée aux deux tiers, qu’il ne révèlera qu’à la mi-février, il avance plutôt serein. Son argument électoral sera son bilan et son projet pour les années 2008-2014. « Chez mes deux adversaires, sincèrement, je ne sens aucun vrai projet, aucune vision d’avenir pour Pauillac », lâche-t-il.
Chez lui non plus, pas d’étendard politique brandi, malgré son appartenance au Parti socialiste. « Je conduirai une liste d’ouverture et de progrès, affirme-t-il. Les électeurs choisiront sur pièces, plus que sur étiquette. » Les « pièces » de Sébastien Hournau pour les six années à venir s’appellent donc développement économique et aménagement urbain, des quais au centre ville. Toujours à travers un certain filtre de l’intercommunalité, car plusieurs communes de la C.C.C.M. présentent les mêmes problématiques.
Ainsi, la rénovation progressive des logements vétustes ou inoccupés du centre ville est prévue, majoritairement à travers un système de préemption et de revente à des particuliers, en dehors de tout contexte de logement social, pour diversifier la population de la ville. Un programme identique devrait concerner les communes de Saint-Estèphe et Saint-Julien-Beychevelle. Ces réhabilitations seraient complétées par le vaste chantier de la « percée de Grassi », destinée à assurer une meilleure circulation au centre ville.
Du côté économique, Sébastien Hournau met en avant la mise en chantier, en 2009, de l’extension de la zone industrielle, qui accueillera, en deux vagues, vingt-quatre nouvelles entreprises, qui de-vraient être autant de possibilités de développement pour la con-sommation pauillacaise.
Développement touristique autour de l’estuaire, en partenariat avec la Maison du tourisme et du vin (croisières fluviales, péniche-hôtel, visite des îles…), création d’une piste cyclable le long de la rivière entre Pauillac et Saint-Estèphe, projet de résidence pour personnes âgées sur le territoire de la CdC, prise en compte de l’évolution de la démographie des professions de santé à Pauillac - avec l’arrivée prochaine à la retraite de plusieurs praticiens de la ville - pour envisager la création d’une maison médicale, maintien de la pression en matière de sécurité, poursuite du soutien au social, à l’associatif, au culturel, en maîtrisant les budgets… Tout cela fait également partie du programme d’un maire bien décidé à conserver son écharpe.

> Depuis 2001, le nombre des inscrits sur les listes électorales à Pauillac n’a que très légèrement augmenté (environ 3.500). Pour ce premier tour, on passe de quatre à trois listes, qui semblent politiquement moins marquées qu’à l’époque, où Sé-bastien Hournau et Monique Béguerie apparaissaient clairement à gauche, face à Louis Sénillon et Robert Soler, qui représentaient la droite et le centre droit. En 2008, dans un contexte où le concept d’ouverture politique fait des ravages, y compris dans les petites communes, chacun évite de globaliser l’image de sa propre liste, ce qui rend difficile la lecture du scrutin pour celui qui voudrait y voir un classique combat gauche-droite (Hournau-Ludger) avec un arbitre (Bernard) au centre.
Et dans ce contexte, on sent bien que le résultat des dernières présidentielles et législatives (55 % des suffrages exprimés pour Nicolas Sarkozy, puis Jean-François Régère) n’est pas spécialement porteur d’enseignements locaux. C’est du moins ce qu’espère Sébastien Hournau, qui mise clairement sur la prime au sortant.

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