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Samedi 04 Juillet 2009
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L'honneur d'une villeMaire de Pauillac pendant quarante ans, de 1951 à 1991, André Cazes s’est éteint cette semaine. Il avait 96 ans et aura profondément marqué l’histoire récente de la ville.
André Cazes et Pauillac. Pauillac et André Cazes. En Médoc, rarement le nom d’un lieu et celui d’un homme auront été aussi intimement liés. La cité de l’estuaire, au nom rayonnant dans le monde entier pour les amateurs de grands vins, vient de perdre celui qui en fut l’emblème pendant près de quarante ans. André Cazes s’est éteint chez lui, mercredi matin, dans sa maison qui regardait les quais de la Gironde, où il vivait retiré depuis de nombreuses années à la suite d’un accident de santé qui l’avait fragilisé. Il avait 96 ans. Et déjà, les Médocains et les Pauillacais se souviennent, émus, de la silhouette à la fois fragile et distinguée d’un homme étonnant, qui aura marqué, dans la région, toute la seconde moitié du vingtième siècle.
L’histoire d’André Cazes, c’est celle du destin d’une famille ariégeoise, des « montagnols », comme on les appelait à l’époque, venue s’installer en Médoc au milieu du XIXème siècle. La vigne, l’artisanat, la boulangerie la feront se développer. Jusqu’au rachat, par Jean-Charles Cazes, père d’André, de deux fleurons du vignoble médocain, les Ormes de Pez, à Saint-Estèphe, puis Lynch-Bages, à Pauillac, en 1934. > Pauillac où naît André, le 13 janvier 1913. Etudes secondaires et supérieures à Bordeaux, puis à Paris, licence de droit en poche, la Seconde Guerre mondiale en fait un sous-lieutenant d’artillerie, mais aussi un prisonnier de guerre, pendant cinq ans, aux confins de la Silésie. A la Libération, il revient à Pauillac, pour mener de front les activités de toute une vie. Le cabinet d’assurances créé par son père - nombreux sont ceux qui témoignent encore de ses débuts, sous l’enseigne de La Providence, quand il allait visiter ses clients… à vélo -, les propriétés viticoles, mais aussi l’engagement public et politique. Sans oublier une vie de famille qui était peut-être le pilier de tous ses combats, autour de ses trois enfants, Jean-Michel, né en 1935, Jacqueline, née en 1936, et Sylvie, née en 1955. Son épouse, Claudine, fut son plus fidèle soutien et sa mort accidentelle, en 1974, l’avait profondément marqué. En 1947, il entre ainsi au conseil municipal de Pauillac, dirigé par Robert Ferrand. Quand ce dernier quitte la ville pour des raisons professionnelles, André Cazes le remplace. On est en 1951. C’est le début d’une longue histoire d’amour municipale, qui va durer quarante ans. Jusqu’à ce que, fatigué par une vie plus que bien remplie, il cède son fauteuil de maire à Louis Sénillon, en 1991. Parallèlement, de 1955 à 1992, il siègera sans discontinuer au Conseil général de la Gironde pour représenter le canton de Pauillac. > Ce qui l’a motivé et fait agir durant toute ces années ? « Il était habité par le désir d’entreprendre », dit de lui son fils Jean-Michel. « Le charisme hors du commun de quelqu’un qui s’était engagé en politique pour faire du bien autour de lui », dit, avec émotion, Lucien Bressan, maire de Saint-Julien-Beychevelle, assureur lui aussi, à qui André Cazes avait fait plus que mettre le pied à l’étrier. « L’humanisme, un vrai coeur d’homme qui savait répondre à la peine des autres », selon Robert Soler, qui fut son adjoint aux affaires culturelles et à l’éducation à partir de 1983. Ce côté profondément humain revient presque constamment dans les témoignages. « Il ne donnait de leçon à personne, dit encore Lucien Bressan. Il accordait à chacun le droit à l’erreur. Son autorité était mesurée, jamais cassante, mais avec une portée toutefois immédiate. C’était le genre d’homme pour qui on avait envie de se mettre en quatre. » L’histoire retiendra aussi que c’est sous le magistère d’André Cazes que Pauillac a vécu son âge d’or. « C’est bien simple, dit René Ostins, ancien de la Shell et actuel adjoint chargé des travaux à la mairie, dans les années 70, il y avait 6.500 habitants à Pauillac. 1.500 de plus qu’aujourd’hui. » Porté à la fois par la toute puissance de la Shell et par le lent renouveau du monde viticole, auquel André Cazes prenait une part plus qu’active en tant que cofondateur, puis Grand Maître de la Commanderie du Bontemps, le chef-lieu de canton connaissait une animation que l’on a quelque difficulté à imaginer aujourd’hui. > Les « années Cazes » sont celles de l’explosion associative, éducative, sportive, culturelle. « Quand André Cazes s’est retiré de la mairie, j’avais 17 ans, dit Sébastien Hournau, le maire actuel. Pour moi, les années Cazes sont celles de mon enfance et de mon adolescence dans une petite ville très agréable à vivre, très dynamique. Et depuis que je suis maire, certes à une autre époque et dans un tout autre contexte économique, je comprends l’intelligence qui a été la sienne vis-à-vis des richesses dont bénéficiait la ville durant ces années-là. Des richesses qu’il n’a ni thésaurisées, ni dilapidées, mais qu’il a su au contraire investir à bon escient. » C’est donc au coeur des années 60-70 que la ville se transforme profondément sous l’impulsion de son premier magistrat. Le lycée, pour lequel il a dû forcer les décisions au niveau départemental, la salle des fêtes, la création du centre culturel, du cinéma municipal, puis de la Maison du tourisme et du vin, la réalisation du port de plaisance, son autre grande fierté, font partie des traces encore largement visibles qui portent, à Pauillac, l’empreinte d’André Cazes. Une empreinte très forte, sans doute aussi parce que son ambition politique s’est volontairement limitée à sa ville et à son canton. « Il avait, finalement, une vision très sociale des choses, assez XIXème siècle de temps en temps, et même paternaliste, dit Lucien Bressan, qui l’a poussé à s’intéresser à l’action de proximité, laissant à l’autre monstre sacré politique du Médoc, Aymar Achille-Fould, tout le loisir de ses ambitions nationales. » Il choisira néanmoins de soutenir le camp des « Indépendants et paysans », grand mouvement centriste des années 50-60, n’appréciant que très moyennement le côté « godillot » des gaullistes du R.P.F., symbolisé à l’époque par Jacques Chaban-Delmas. > « Il était au-dessus de la mêlée », conclut Lucien Bressan. « Un monument, avec un souci du social qu’on ne voit plus aujourd’hui », dit Louis Sénillon, qui lui a succédé à la mairie en 1991. « C’était un vrai républicain, démocrate, pragmatique, sans aucun dogmatisme », confirme encore Sébastien Hournau, pour avoir souvent parlé de lui avec Philippe Madrelle, l’actuel président du Conseil général de la Gironde. Une personnalité qui n’a plus forcément d’équivalent à notre époque où l’individualisme fait loi. Les obsèques d’André Cazes auront lieu samedi 21 février, à 11 heures, en l’église Saint-Martin de Pauillac. Lu 7514 fois
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