Avec les derniers maraîchers du sud Médoc

Activité ancestrale de la banlieue bordelaise, le maraîchage ne subsiste plus qu'aux portes du Médoc, en particulier à Bruges et à Eysines. Mais la profession s'inquiéte franchement pour son avenir, face à l'urbanisation et aux diverses contraintes administratives, qui réduisent de plus en plus les surfaces cultivables.



Avec les derniers maraîchers du sud Médoc
La culture des légumes à Eysines remonte au Moyen-Age, pour approvisionner Bordeaux. Elle devient la première activité de la commune à la fin du XIXème siècle et supplante le vignoble.
Dès 1838, la culture de la pomme de terre couvre les trois quarts de la superficie maraîchère et se vent « en vert », c'est-à-dire en primeur. L'exiguïté des parcelles peut expliquer qu'elles étaient labourées à la bêche jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Ce n'est qu'au début du XXème siècle que les charrues et les herses métalliques tirées par les chevaux se généralisent… pour les propriétaires aisés.

> Créé en 1881, le syndicat des maraîchers a aidé les exploitants à s'adapter à l'évolution agricole des années 50 : les brancards en bois font place aux timons métalliques adaptés aux motoculteurs. L'adoption de variétés légumières à fort rendement permet d'augmenter la productivité. Eysines est la place forte du maraîchage dans l'agglomération bordelaise.
Le marché d'intérêt national mis en service en 1963 s'adresse aux groupements ou coopératives agricoles. Une minorité de producteurs d'Eysines se regroupe en S.I.C.A., la chambre syndicale continuant la vente aux « Capus », sans mandataire. Décision suivie par la majorité des maraîchers, les « capucinards ». Par la suite, la création des hypermarchés et de leurs centrales d'achat a entraîné le déclin du marché des Capucins. Les maraîchers s'adaptent ; les légumes récoltés le matin sont vendus l'après-midi aux consommateurs. Les uns sont confiants, d'autres se posent des questions quant à leur avenir.
La zone maraîchère représente 495 hectares de terre répartis sur les cinq communes de la ceinture verte de Bordeaux (Eysines, le Haillan, Le Taillan-Médoc, Bruges et Blanquefort). Pour Daniel Dougados, adjoint à l'urbanisme, « elle n'est plus aussi bien travaillée qu'avant, car il y a moins de maraîchers. Et ce pour plusieurs raisons : travail pénible, insuffisamment rémunéré ; des candidats sont peu motivés, mais d'autres ne trouvent pas de terrains, alors qu'il en existe en jachère qui pourraient bénéficier d'une aide de l'Etat. D'autres préfèrent partir ailleurs. La spéculation foncière est également à prendre en compte. »

> Les trois quarts de la zone maraîchère se trouvent, depuis juillet 2005, en zone rouge du P.P.R.I. (plan de prévention des risques inondation), décrété par le préfet. Aucune construction, même pour les maraîchers, ne peut y être édifiée. D'autant que la C.U.B. (communauté urbaine de Bordeaux) veut garder un grand poumon vert dans le secteur. « Nous souhaitons le laisser en zone maraîchère, affirme Daniel Dougados. Alors comment faire pour l'exploiter ? Les parcelles sont de petite taille et humides, bordées de fossés. « Il n'y a guère de possibilités de la moderniser », commente-t-il.
L'espoir, semble-t-il, réside dans les conclusions que rendra la commission d'aménagement foncier pilotée par le Conseil général dans un cadre intercommunal. Une étude de faisabilité est engagée qui tiendra compte de tous les paramètres évoqués et des intentions exprimées par les exploitants. Elle porte sur les routes à élargir, les fossés, la réfection du réseau hydraulique, le pont du Moulin blanc… « A la suite, le Conseil général proposera des solutions qui permettront de communiquer avec les maraîchers. Le montant des travaux serait pris en charge par le Département à hauteur de 45 %. Avec d'autres financements à trouver, l'Europe sans doute, voire le Conseil régional, cela ne devrait pas coûter trop cher aux communes. »

> En attendant que décision soit prise, « la vente directe doit pouvoir se développer, mais l'aménagement de la zone doit s'inscrire dans le projet du Parc des jalles, où un cheminement permettra de se promener et respirer, découvrir la faune et la flore, mettre en valeur les cabanes maraîchères ». A ce sujet, Daniel Dougados confie que, après celle de Edouard Lacrampette (voir encadré), une autre cabane sera restaurée près du Moulin blanc et qu'un parking sera aménagé près de l'ancienne gare. « Chaque commune a sa spécificité. A Eysines, c'est le maraîchage. Mais encore faut-il que la zone soit exploitée. »

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