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De moins en moins FordAprès le plan social de 2005 qui a engendré le départ de 500 salariés, nouvelle vague de 180 suppressions d'emplois, sous forme de préretraites, chez Ford Aquitaine Industries à Blanquefort.
Chez Ford Aquitaine Industriels (F.A.I.), l'automne est glacial. Après le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) annoncé le 17 octobre 2005, portant sur les départs volontaires de 500 ouvriers dont 271 en préretraites, une nouvelle restructuration vient d'être annoncée. Soit 180 suppressions d'emplois : 150 personnels ouvriers, auxquels s'ajoutent entre 25 et 30 cadres et ETAM (employés techniciens et agents de maîtrise).
Mardi 24 octobre, lors de la première réunion de négociation avec les représentants syndicaux, la direction de l'établissement a détaillé son plan de départs en préretraite, ouvert aux salariés qui seront âgés de 53 ans au 31 décembre 2006. 350 personnes répondent à ce critère. A ceux qui opteront pour le départ, F.A.I. propose 65 % du salaire jusqu'à ce que soit perceptible leur retraite à taux plein, sachant qu'ils auront la possibilité d'exercer une activité professionnelle (dans une limite horaire), et une prime de 3.000 euros si le départ est accepté avant la fin de l'année. Mais le cégétiste Jean-Claude Conte se méfie et attend de la direction qu'elle apporte l'assurance de pouvoir payer ces 65 % de salaire jusqu'à l'âge de la retraite. Révélé la veille de cette réunion, le plan social a semble-t-il pris par surprise les syndicats. Alain Claus, président de F.A.I., avait pourtant laissé entendre que le premier plan social devait permettre d'éclairer le chemin jusqu'en 2012. Il faut croire qu'il s'était trompé ou avait tenté de calmer le jeu. > Le nerf de la guerre, ce sont évidemment les commandes de boîtes de vitesse automatiques (BVA). Entre 2005 et 2006, on estime que la chute sera de 21 % (444.600 contre 350.000). Soit une chute de 25 % sur le modèle Ranger, de 20 % pour l'Explorer. Sur cinq ans, la baisse cumulée est de 53,38 %, et les prévisions pour 2007 ne s'annoncent pas meilleures. D'après Francis Wilsius, secrétaire CFTC du comité d'entreprise, le seuil de rentabilité de l'entreprise se situe à 450.000 boîtes de vitesse. Ces mauvais résultats sont directement liés à la crise automobile aux Etats-Unis, en particulier sur les modèles 4 x 4, gourmands en carburant. C'est tout un pan de la conception américaine de la voiture qui prend l'eau. Les modèles japonais font mal au géant Ford. Et comme 95 % de la production de F.A.I. dépend des Etats-Unis, les effets se font durement ressentir à Blanquefort. Alain Claus avait annoncé que la solution viendrait en développant d'autres marchés, thaïlandais et australien. Le premier prévoit un plan de charge de seulement 250 BVA au quatrième trimestre 2006 (20 à 25.000 par an à terme)… Quant au second, il est estimé à 80.000 BVA par an à partir de 2008. On le voit, des prévisions loin de compenser les pertes actuelles. « Ça s'aggrave de jour en jour à Blanquefort, estime Francis Wilsius. Quand Ford tousse, F.A.I. s'en-rhume ! » L'intersyndicale CGT-FO-CFTC-CGC-UNSA multiplie les contacts avec les décideurs, y compris avec Ford Europe. « Dernièrement, poursuit le représentant CFTC, nous sommes montés à Paris avec ces chiffres. Nous avons été reçus au ministère de l'Industrie où Bertrand de Singly, proche collaborateur du ministre François Loos, nous a prêté attention, s'étonnant que le « dossier ne soit pas défendu par le représentant de l'Etat, voire les instances régionales. Nous n'avons pas de nouvelles du président du Conseil régional d'Aquitaine et président de la communauté urbaine de Bordeaux, que nous avions alerté », précise le secrétaire du CE. > A Blanquefort, en août dernier, on apprenait la décision de la direction d'instaurer vingt-sept jours de chômage partiel d'ici la fin de l'année, venant s'ajouter aux cinq jours d'arrêt de la production pendant la semaine de Noël décidés avant l'été. Depuis le 8 septembre, les ateliers de montage de F.A.I. sont fermés les vendredis, et le seront pendant les semaines de Toussaint ainsi que les trois dernières de décembre. Mais selon une information de dernière minute, une commande de 2.000 BAV en plus à produire en fin d'année permettra de travailler les vendredis 1er et 8 décembre, ainsi que le 2 janvier. Cette production par intermittence n'est pas de nature à rassurer les salariés. Quand le bateau tangue dangereusement, chacun pense d'abord à sauver sa peau. Surtout si le canot de sauvetage est confortable. Ceci pour dire que le plan social proposé en 2005 par la direction de F.A.I. s'est conclu par plus de départs que prévus. Au grand dam des syndicats, qui tentent d'alerter l'opinion au sujet de la pérennité du site industriel. Le climat social s'en ressent. Selon Francis Wilsius, « la motivation des personnels d'ateliers n'est plus au top et la productivité « besting class », comme disent les Américains, risque de s'en ressentir ». Quant à l'autre usine du site blanquefortais, Getrag Ford Transmissions, selon Francis Wilsius, « l'activité est normale ». « Une surproduction aurait permis d'absorber une partie supplémentaire des effectifs F.A.I. », ajoute-t-il. Une table ronde est toujours espérée par les partenaires sociaux sous l'égide du préfet Francis Idrac, représentant de l'Etat, afin d'envisager toutes solutions palliatives à la crise que traverse F.A.I. De son côté, Alain Claus, confie à l'intersyndicale que le pouvoir de décision est entre les mains des Américains. On sait que neuf usines devraient fermer aux Etats-Unis d'ici à la fin 2008. Sortir des boîtes Ford en créant sa boîte
Francis Pajot, dit Enzo, 39 ans, n'est pas peu fier derrière son bureau fraîchement aménagé dans son local d'Avensan. Depuis le 1er août dernier, il a créé son entreprise de maçonnerie générale. Comme une cinquantaine d'autres ex-Fordistes candidats au départ dans le cadre du plan de sauvegarde (PSE) présenté en novembre 2005 par F.A.I., il a choisi de profiter des aides à la création d'entreprise et du suivi assuré par le cabinet de reclassement BPI Bordeaux. En tout – indemnités de licenciement, prime de départ, préavis, congés payés – il est parti avec 16.959 euros en poche. Auxquels s'est ajoutée, dans son cas, la prime de création d'entreprise de 10.000 euros. Le choix de son activité professionnelle était pour lui une évidence. Avant d'entrer chez Ford – d'abord en intérim à G.F.T. à partir de 1995 puis chez F.A.I. en 2002 -, il a exercé pendant quinze ans le métier de maçon ; c'est d'ailleurs son ancien employeur qui lui loue le local actuel. Pour F.A.I., il était agent d'entretien…. en maçonnerie. Un emploi stable, mais guère exaltant. « C'était bien, mais ce n'était pas une vie pour moi, explique-t-il. Je suis assez speed, j'ai besoin de bouger. J'aime bien travailler pour moi. » Alors il a saisi sa chance. Soutenu moralement par sa famille qui lui disait « vas-y, ça vaut le coup ». Le temps le dira. Sa soeur, secrétaire, pourra lui donner le coup de main, si besoin est, pour la partie administrative. Et ses deux frères sont… maçons. « Je ne regrette pas mon choix. » De toute façon, l'ambiance s'était dégradée dans les usines de Blanquefort avec ce que Francis appelle pudiquement des « tiraillements ». Comme lui, ses beaux-parents, ex-Fordistes, ont choisi de partir en préretraite dans le cadre du PSE. Son épouse, elle, reste à bord du paquebot qui slalome entre les icebergs.
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