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En coulisses avec Les ThéâtreuxImpressions et confidences pendant les répétitions de la pièce « Un fil à la patte », mise en scène par Pierre Eyquem et Aurélie Poisson (compagnie Vert Paradis), et jouée le week-end prochain par les comédiens de l'association saint-laurentaise Les Théâtreux.
Lundi 28 janvier, 20 heures, c'était déjà l'effervescence dans les loges de la salle des fêtes de Saint-Laurent-Médoc. Après huit mois de travail, les douze comédiens de la troupe des Théâtreux se préparent pour leur première répétition, avec décor et costumes. La pièce : « Un fil à la patte », de Georges Feydeau, comédie en trois actes où Lucette Gautier, artiste chanteuse, symbole d'une bourgeoisie naissante, essaie de s'introduire dans un milieu aristocratique en déclin. Ce soir-là, les cœurs palpitent un peu plus vite que d'habitude. Impression d'avoir oublié tout le texte. Classique. Mais tout est prêt pour le lever de rideau. Les metteurs en scène, Aurélie Poisson et Pierre Eyquem, sont installés au milieu de la salle, papier, stylo et montres en mains. La répétition débute. Les deux jeunes directeurs artistiques prennent moult notes, échangent leurs remarques pendant la prestation des acteurs. Fin du premier acte. Pendant que les uns se détendent autour d'une boisson, ou à l'extérieur, clope au bec, les techniciens du décor s'affèrent pour installer le lourd décor du deuxième acte : un simili ascenseur et un passage par lequel les spectateurs voient les comédiens arriver dans l'appartement de la baronne, mère de Viviane (Roxane Despatures). Viviane ? La fiancée de l'amant de Lucette Gautier… Eh oui, avec Feydeau, il faut s'accrocher, c'est une farandole de personnages, un vaudeville qui virevolte.
> Alors il ne faut pas couper le tempo, ne pas empâter le bijou ciselé par Feydeau. De l'avis des metteurs en scène des Théâtreux, le premier acte a été trop long ; presque une heure, soit environ dix minutes de trop. Le troisième acte est le plus chaotique des trois, émaillé d'oublis de textes, non-respect du décor, sauts de pages. Il faut dire qu'il est près de minuit. La fatigue se fait sentir. Moment de flottement qui en a bloqué plus d'un, sauf peut-être Anne-Marie Arrouays qui a su gérer ce moment de panique avec sang froid et a ainsi permis à la troupe de raccrocher les wagons. Le moment du débriefing a sonné. Les chefs d'orchestre de la troupe ressortent leurs notes. Pierre et Aurélie s'adressent tour à tour à chacun des comédiens pour lesquels ils ont repéré une faille ou au contraire une créativité payante, et cela pour chaque acte. « Vous deux, quand vous vous êtes salués deux fois, sûrement à cause d'une erreur de textes, c'était très marrant… Gardez ça. » « Toi, tu dois coller davantage le général sinon on comprend rien à la scène. » Il en sera ainsi jusqu'au vendredi 1er février, jour de la première représentation. Pierre et Aurélie avouent que les changements de décor sont vraiment trop longs. Mais c'était la première fois, les techniciens n'étaient pas encore rodés. Et puis l'adrénaline des représentations fait des miracles, ils seront certainement dans les temps ! > C'est la première année qu'Aurélie Poisson et Pierre Eyquem travaillent avec les Théâtreux. Ils ont choisi cette année une pièce qui correspondait aux attentes du public médocain, après un succès mitigé de la pièce de l'an dernier, « L'éventail », de Goldoni. La distribution des rôles aux acteurs s'est faite naturellement. « On les avait vu jouer « L'éventail », ça nous donnait un aperçu de ce qu'ils donnaient tous sur scène, explique Pierre Eyquem, Mais c'est toujours une partie de poker et c'est ce qui rend le jeu intéressant. » Pas de problème dans la répartition des rôles, sauf avec une comédienne qui devait parler anglais dans la pièce et qui ne parlait pas du tout la langue. On a donc fait appel à la présidente Roxane Despatures, qui parle couramment anglais et qui a soutenu la comédienne pour la compréhension et donc l'appropriation du rôle. Roxane Despatures est présidente de l'association Les Théâtreux depuis l'assemblée générale du 14 décembre 2007. Elle succède ainsi à Gérard Bourigeaud. Elle a assisté à la pièce il y a deux ans. L'année d'après elle avait un rôle dans « L'éventail ». Pour Quentin Batanero, Fernand Bois d'Enghien dans « Le fil à la patte », c'est la troisième pièce avec Les Théâtreux. Et dès la première année, on l'avait propulsé en haut de l'affiche. Cette année encore, il occupe le premier rôle, à 18 ans, avec un personnage qu'il qualifie de « dynamique, sportif et grotesque ». Les cascades ne font pas peur à ce comédien déjà expérimenté (il a débuté le théâtre à l'âge de 10 ans). Le cadet de la troupe avoue avoir encore des problèmes avec le texte et une phase de cinq minutes d'improvisation pendant la répétition l'ont mis mal à l'aise. Mais il n'était pas le seul à paniquer lors de ce trouble général… > Anne-Marie Rossard, alias Marceline, est la sœur de Lucette Gautier. Une sœur effacée, timide mais avec des coups de gueule parfois. C'est une sorte de faire-valoir pour Lucette qui ne se presse jamais pour annoncer sa sœur à ses invités. Elle les laisse volontiers croire qu'il s'agit de la bonne. Mais Marceline ne se laisse pas toujours faire. Un rôle secondaire qui a son importance car il est fort en symboles et incite à la réflexion. Une réflexion sur l'argent et les apparences, sur la vanité et la honte. Marceline est un personnage attachant de par les efforts qu'elle consent pour espérer ressembler à sa sœur. Mais elle est emprisonnée dans ce rôle ingrat et ne peut rien faire d'autres que subir les moqueries, ou pire, l'indifférence. Si sa sœur est en train d'évoluer dans la bourgeoisie avec sa beauté et ses rencontres fructueuses pour passeports, elle, ne quitte pas son « petit » monde. Anne-Marie Rossard insiste sur l'importance du costume dans le jeu de l'acteur et du changement qui s'opère dès que l'on a cette nouvelle peau sur le dos. Et même lorsque le costume est bien taillé, il ne prémunit pas contre les… revers. Pierre Eyquem et Aurélie Poisson en savent quelque chose. Après quatre ans d'existence et quatre créations pour leur compagnie Vert Paradis, créée à Grayan-et-l'Hôpital, ils savent que le rire est une mécanique capricieuse, que les zygomatiques ne répondent pas toujours au moment voulu par le metteur en scène. Ils savent aussi la difficulté d'aller au-devant d'un public peu coutumier du théâtre. Le pari est audacieux. Pierre, le Médocain d'origine, et Aurélie, la Nîmoise, sont liés par cette effusion théâtrale. De juin à septembre 2008, dans le cadre de « Scènes d'Eté en Gironde », ils tourneront avec leur spectacle « Sous les eaux », une conférence loufoque d'une heure sur les trois courants d'eaux du Médoc : les mattes, la Gironde et l'océan. D'ici là, du Feydeau aura coulé sous les ponts. Renseignements pratiques
Vendredi 1er et samedi 2 février à 20 h 30, dimanche 3 février à 15 heures, à la salle des fêtes de Saint-Laurent.
Location dans le hall de la salle des fêtes, samedi 2 février, de 10 heures à 12 heures (tél. 05 56 59 44 67, pendant ces tranches horaires). Billeterie le soir du spectacle, dans la mesure des disponibilités. Lu 3678 fois
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