Hard discussions

Le tribunal administratif annule les décisions de la C.D.E.C. portant sur l'ouverture du hard discount Aldi de Montalivet, et c'est un conflit qui s'ouvre entre le maire et des commerçants saisonniers.



Hard discussions
Au cours du mois d'avril, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision de la commission départementale d'équipement commercial (C.D.E.C.) qui autorisait à la SCI Pas de Belloc la création à Montalivet d'un centre commercial comprenant un hard discount Aldi, ouvert depuis un an, et la quincaillerie Bricocéan. Le recours aurait été déposé notamment par des commerçants de Montalivet. Monsieur Lucines, pour la C.D.E.C., explique que le recours en question, reposant sur un vice de forme, quoi que recevable, a peu de chance de faire modifier la décision initiale de la commission départementale. Dans le cas contraire ? La décision de justice n'impliquerait pas une interdiction d'ouverture faite au deux commerces concernés. Lesquels devraient présenter un nouveau dossier en C.D.EC. ; ce n'est qu'en cas de refus de cette nouvelle demande que les commerces devraient fermer leurs portes.
Cette affaire micro locale trouve un éclairage au plan national avec le président de la République qui vient de mettre en orbite la loi sur la modernisation de l'économie (LME). En fait, un paquet de quarante-quatre lois et trente mesures censées doper la croissance, dont la plus médiatique veut libérer la concurrence dans la grande distribution et favoriser indirectement les implantations de hard discounter en facilitant l'installation de surfaces de vente jusqu'à 1.000 m2.

> Michel Bibey, maire de Montalivet, a décidé de faire appel de la décision du tribunal administratif d'annuler une délibération du conseil municipal en date du 5 juillet 2005. Délibération approuvant la cession d'un terrain communal à l'enseigne Aldi. Michel Bibey se dit inquiet d'un' éventuelle fermeture du centre commercial. Ce dernier constitue il est vrai un avantage certain pour les personnes âgées ou ne possédant pas de voiture qui, jusqu'alors, n'avaient pas la possibilité de s'approvisionner régulièrement sur la commune du début de l'automne jusqu'au printemps. Geo Couvreux, habitante de Montalivet âgée de 87 ans, souligne volontiers à quel point ce magasin lui facilite la vie, elle qui n'a pas de voiture, même si elle continue à faire travailler les petits commerçants du marché, comme Josette qui lui vends ses légumes depuis si longtemps !
Nombres d'habitants de la commune regretteraient la fermeture de ce centre commercial qui les obligerait à aller faire leurs courses à Lesparre-Médoc. Plus de quarante kilomètres pour le trajet aller-retour avec le coût financier et écologique du carburant ! Sans compter que les achats réalisés en dehors des supermarchés profiteront aux petits commerçants de Lesparre, et non à ceux de Montalivet.

> Certains de ces petits commerçants opposés à Aldi redoutent la mainmise du hard discounter sur le commerce de la station balnéaire. Cependant, même si Aldi occupe la place de leader, on a déjà pu constater que depuis son ouverture, les clients viennent davantage à Montalivet en hiver, comme le dit ce propriétaire de résidence secondaire : « Auparavant, nous hésitions à venir en hiver car il fallait faire suivre les provisions… Ce n'est plus le cas maintenant, alors nous venons plus volontiers. » Pour les loueurs de logements saisonniers, la présence de Aldi constitue un argument de choix pour attirer une clientèle qui veut s'approvisionner sans faire des dizaines de kilomètres, y compris en saison creuse. Cette augmentation de la fréquentation sensible en hiver ne pourra que s'accentuer et sera profitable pour chacun et entraînera à n'en pas douter des ouvertures de commerce à l'année. C'est le cas de la quincaillerie Bricocéan qui a pris le contre-pied de ses détracteurs lui promettant le pire, pour finalement tirer un bilan positif et encourageant de sa première année d'exploitation. Il faut aussi préciser que ce petit centre commercial représente six contrats de travail en CDI, ce qui n'est pas négligeable compte tenu du taux de chômage en Médoc. A Montalivet, le conflit est ouvert entre Michel Bibey et des commerçants saisonniers de la station balnéaire, ces derniers ayant très mal digéré d'avoir été qualifiés par le maire de « vendangeurs », autrement dit de commerçants qui ne participent que ponctuellement à la vie économique de la commune. Sujet sensible sur le littoral.

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