|
|
||
|
Rubriques
|
Holder à la pêche au MédocainOn n’entre pas en nord Médoc par effraction. On ne harponne pas d’un sourire ou d’un bonjour des habitants en position défensive, comme le littoral face aux assauts de l’océan. Eric Holder en a fait l’expérience, et même un livre.
La Médoquine ? Eric Holder la voit « un peu Espagnole, jalouse, désirable, chantante, travailleuse et pi-quante ». C’est cette chimère qu’il tente de rencontrer et de comprendre dans son nouveau livre. Mais pas seulement. « De loin on dirait une île » tient à la fois du roman et du carnet d’impressions d’un « estranger » qui découvre, d’abord désemparé, les mœurs et le caractère médocains. « Quand on ne comprend pas, on écrit », dit-il de cette voix qui escorte les mots avec une étrange élégance.
> Arrivé en Médoc en 2004, avec femme et enfants, par le bac de Royan (d’où cette impression d’arriver sur une île), Eric Holder est parti sur sa moto à la découverte des autochtones, et plus particulièrement des Médoquines. Parfois à ses dépens. Ça tombe bien, cet homme-là a besoin de frictions, de réactions. Du genre à soutenir le regard jusqu’au bout, à insister, pousser l’autre dans ses retranchements. Ne pas esquiver. Ce qui lui vaudra d’être sorti manu militari d’un bar de Soulac pour avoir observé avec trop d’insistance - à fin d’étude, bien sûr - la fille du patron, Ilona. Autre « créature », celle qu’il surnomme « Pocahontas », employée d’un électricien, « une apparition à mi-chemin de Claudia Cardinale dans Le Guépard et Salma Hayek dans Frida ». « Ses dents : des agneaux de Pauillac serrés dans la bergerie. » Une fulgurance. Mais pas la seule dans ce livre. Plus loin, ce sont ces femmes rencontrées entre les règes de vigne, alors que, le compte bancaire à marée basse, l’écrivain avait été embauché comme porteur pour les vendanges. Parmi elles, Eva, femme de caractère, « dont un seul mot échangé avec elle prétextait de transformer « la belle Philip-pine », à deux rangées de là , en « pouffiasse qui suce des bites »... Il la reverra par hasard dans les rues de Lesparre-Médoc partie, fardée, « vamper un boutiquier » : besoin d’embaucher » parce que « les drolles vont cul nu ». > Entre la fantaisie et les arabesques littéraires se glisse le réel : « Les filles ont le choix du supermarché. Leclerc ? Carrefour ? Avec un peu de chance ou d’ancienneté, elles travaillent en rayon plutôt qu’aux caisses. Certaines se marient si tôt qu’en les voyant traverser la rue avec un nouveau-né, on songe à une chanson réaliste, « C’est un enfant qui porte un autre enfant ». Quelques coups de griffes aussi pour un patron viticulteur aux mœurs encore trop féodales à son goût. Pour celui-là , il aura même la tentation du chantage, le prévenant : s’il a fait les vendanges, c’est pour les besoins d’un article dans une revue… littéraire (« Le Matricule des anges » auquel Eric Holder contribue effectivement). Pas de quoi effrayer le viticulteur. Mais jamais Holder n’a de mépris pour les êtres qu’il décrit. Parfois même, on ressent une profonde tendresse. C’est le cas pour « Son Altesse Royale » Geneviève qui, « après avoir été journaliste, chorégraphe, agent au service de l’OTAN, éleveuse de purs-sangs arabes, préside aujourd’hui aux destinées du réseau international Esperanza ». Quelques Médocains auront reconnu celle qui a été l’un des personnages haut en couleur du centre héliomarin de Montalivet (C.H.M.) : l’énigmatique princesse de sang bleu Edwige Vincent de Bourbon, virée du centre naturiste, bungalow détruit, et son mari dont la ressemblance avec Jacques Chirac le faisait passer pour le frère caché de l’ancien Président.... « Comme elle est belle ! In-domptable et rêveuse, sans-le-sou tutoyant le riche, la reine des marginaux », écrit Holder à son propos. > Tendresse aussi, et même admiration, pour quelques hommes. Notamment Pierrot, le voisin robuste, qui fut le premier « à avancer ses pieds dans l’herbe du pré, plutôt que de les laisser sur le goudron ». Le premier à faire ce petit pas vers sa maison, vers lui, vers « l’Etranger ». Un « Etranger » qui avait déjà été en quelque sorte le détonateur de son précédent roman « La Baïne », paru en 2007 : Sandrine, jeune mère de famille de Soulac, se lance à corps perdu dans une liaison adultère avec un photographe Parisien. Cette fois, Eric Holder entame véritablement le thème de l’installation sur un territoire certes choisi (sa compagne, Delphine, voulait vivre au bord de l’océan), mais qui inspire d’abord de « la frayeur ». Pour lui et les siens. A l’image du calvaire de son fils Théo - si émancipé, si extravagant aux yeux des Médocains -, d’abord rejeté à son arrivée au collège en Médoc. Et puis, le soulagement du père : « Un soir, [Théo] revint du terrain de sport avec un copain sous chaque bras. On aurait dit des ailes. » Splendide. Dans un dossier du journal du Médoc (1er mars 2002) qui s’interrogeait sur l’existence d’une identité médocaine, Lucien Bressan, maire de Saint-Julien-Beychevelle, citait cette définition qui n’est pas lui : Médocain, « gascon insulaire, silencieux par prudence, méfiant par héritage, roublard par nécessité ». Preuve que les Médocains eux-mêmes ont conscience de ce tempérament, et qu’ils en jouent sûrement. Eric Holder sera en dédicace mardi 5 septembre de 10 heures à 12 heures à la Maison de la presse de Lesparre-Médoc. A paraître le 10 septembre. Lu 818 fois
Dans la même rubrique :
|1| >> A la une | Le dessin | L'événement | Politique | Sports | A suivre… | Associations | Patrimoine | Arts et spectacles | Vie locale | Faits divers | Environnement | Pays Médoc | Mémoire | CdC | Enseignement |
|
|
Le Journal du Médoc - 2007
BP 2 - 33112 Saint-Laurent-Médoc - France +33 (0)5 57 75 14 00 |
||

Actualité
A la une
