|
|
||
|
Rubriques
|
La « J9 family »Rencontre avec un jeune couple de vendangeurs qui ne rechigne pas à la tâche pour assumer sa vie nomade dans un camion aménagé.
Ni surfeurs, ni alter mondialistes, ni « techno vendangeurs » (bien qu'ils aient un temps gravité dans l'orbite des « rave party »), Mimi et Moufa sont simplement des travailleurs itinérants. Elle est originaire d'Angers, lui de Reims. Travaux de la vigne, cueillette des fraises et des kiwis, coupes de céleris et de glaïeuls, le couple travaille huit mois de l'année et voit du pays par la même occasion.
Cette existence nomade, ils ne la subissent pas, ils l'ont choisie. D'abord chacun de leur côté, avec des groupes de copains. Ils voyageaient chacun avec leur camion J9. Et puis ce fut la rencontre. Depuis trois ans, ils font camion commun dans ce grand J9 rouge, « version maxi », s'enorgueillit Moufa, frappé à l'arrière du sceau « convoi grande lenteur ». Le camion est leur maison, et celle de leur quatre chiens : Indien, Cayenne, Lado et Chap. Un petit chez-soi qui fait le maximum : couchette, cuisine et poêle à bois, « en fonte émaillée », précise encore Moufa, pour les soirées frisquettes. Le tout issu de leur activité de récup'. Forcément, « la J9 fa-mily » ne passe pas inaperçue. Ce qui ne l'empêche pas d'enchaîner les missions de travail en intérim. > Pendant trois semaines, ils ont arrêté le compteur kilométrique en Médoc pour rejoindre les troupes de vendangeurs du château La Tour Carnet (cru classé, Saint-Laurent-Médoc). Pas question, pour eux comme pour tous les vendangeurs, de fouler l'allée centrale de cette prestigieuse propriété de l'empire Bernard Magrez. Ils le savent et n'en prennent pas ombrage. Ce qu'ils regrettent vraiment, en re-vanche, c'est la difficulté pour eux de trouver un terrain où passer la nuit. Des regrets aussi au sujet du manque de « convivialité » des vendanges, l'absence de repas et de bouteilles offertes comme cela se pratique encore en Champagne ; en Médoc, cela varie d'une propriété à l'autre. Quant au café de 10 heures, Moufa n'est pas loin de dire qu'il tient du jus de chaussette… Ces bémols mis à parts, le couple ne se plaint pas de son sort. Ce n'est pas le genre de la « J9 family ». 10 % de fin de contrat, 10 % de congés payés et une prime de panier améliorent le salaire brut des vendanges, et alimentent les économies qui devraient leur permettre de « descendre au Maroc » d'où sont originaires les parents de Mimi. Chez sa mère à Mios, ils font parfois une halte. « Un p'tit coup de canapé, manger à table avec des gens… le moindre petit truc nous fait plaisir », dit Moufa avec cette langue et ce timbre de voix qui tiennent à la fois du Titi parisien et du Chti da Chnord. Son rêve ? Acheter un terrain où poser un jour leur camion, peut-être un autre, plus confortable, mais pas une maison. Ce serait dans le Gers, « parce qu'il y a peu d'habitants dans l'annuaire » et que la topographie de la verte campagne n'est pas hostile au J9 qui n'aime guère les grimpettes. > Ils évitent les villes, privilégient les campements à la campagne, « pour les chiens » et d'une manière générale pour éviter les « embrouilles ». Ils vivent autrement, sans revendication politique, même si « c'est sûr, dit Moufa, on est plutôt de gauche, contre le fascisme, contre le capitalisme ». Ils sont unis par cette envie d'autonomie, ce choix de vivre le plus libres possible des contingences sédentaires. Le quotidien, évidemment, n'est pas toujours rose. Ceux qui vivent l'été en camion et l'hiver « les fesses au chaud », ne savent pas la difficulté de trouver un point d'eau pendant les frimas, une douche ou de quoi faire sa lessive. Moufa ne s'en cache pas, pour lui la douche c'est une fois par semaine, et basta ! De toute façon, « tous ces champoings, c'est pas bon pour la peau ». Après les vendanges, ils prendront peut-être la direction de Marennes pour « faire les huîtres ». De loin le boulot saisonnier le plus difficile, en particulier pour les femmes tenues, tradition oblige, de trier les huîtres debout dans un hangar ouvert au vent froid. Mais à voir leur sourire, on comprend que la vie est belle. Lu 4468 fois
Dans la même rubrique :
|1| >> Entreprises | Le monde du vin | Médias & publicité | Transports |
|
|
Le Journal du Médoc - 2007
BP 2 - 33112 Saint-Laurent-Médoc - France +33 (0)5 57 75 14 00 |
||

Actualité
A la une
