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La guerre des nerfsLa direction de Composites Aquitaine met la rpession sur les grévistes en expliquant que leur mouvement met la société en péril.
Mercredi 11 juin. Quatorzième jour de grève à l'usine EADS Composites Aquitaine de Salaunes. Mais depuis ce jour, la route d'accès au parking de la société n'est plus bloquée. Les voitures des salariés ne sont plus garées en file indienne sur les bas-côtés de la route départementale 6. Cependant, s'il n'est plus filtrant, le piquet de grève n'a pas battu en retraite. Il s'installe toujours aux heures habituelles de débrayage, à raison d'une heure par équipe de travail. La direction accepte la discussion mais refuse toute négociation, malgré un « premier effort » fait par les grévistes en fin de semaine dernière avec des revendications qui ne portaient plus que sur une augmentation de salaire mensuelle de 90 € (au lieu de 150 € les premiers jours) et l'attribution d'indemnités kilométriques pour tout le personnel.
> En début de semaine, la pression est montée d'un cran. Mardi 10 juin, en tout début d'après-midi, Gaëtan de Fourtou, directeur général de l'usine, recevait, à sa demande, une délégation d'une dizaine de grévistes pour leur expliquer son point de vue leur demandant d'en faire part à leurs collègues. Dans un courrier en date du 9 juin, il fait remarquer aux salariés que « Composites Aquitaine est une entreprise dynamique mais fragile ». « Dynamique » au regard d'un chiffre d'affaires qui a doublé en quatre ans et d'une prospection prometteuse sur les nouveaux marchés de l'énergie (prospection pétrolière, hydrogène, éolien) et des « sous-ensembles aéronautiques de grande dimension ». Fragile, explique le directeur général, « car malgré une forte amélioration de notre compte d'exploitation ces dernières années, [l'entreprise] a obtenu un résultat net proche de zéro ». L'argumentaire se poursuit en expliquant, en substance, que Composites Aquitaine ne peut se permettre, dans un fonctionnement à flux tendu, de prendre du retard, pas plus vis-à-vis de ses clients que vis-à-vis de ses concurrents. « Seules notre compétence et notre énergie peuvent compenser les handicaps concernant notre taille, notre situation géographique et nos ressources financières. La poursuite des retards de livraison nous écartera irrémédiablement de la compétition avec le risque d'être définitivement marginalisés puis exclus », écrit encore Gaëtan de Fourtou. Arguments réfutés par les grévistes, estimant que « des clients ont été perdus bien avant le début du conflit, et que les retards ne sont pas forcément dus à la grève, compte tenu des stocks existants permettant la continuité de la production ». > Le conflit semble s'enliser. Les grévistes risquent de s'essouffler, hésitant, et cela semble naturel, à prendre des mesures plus radicales qui pourraient effectivement mettre en péril le bon fonctionnement de leur outil de travail. D'autant qu'un tract, intitulé « Pourquoi nous ne soutenons pas ce mouvement de grève », rédigé par les deux autres centrales syndicales signataires de l'accord salarial de mars 2008 (CFE-CGC et FO), est distribué à tous les agents de l'usine et laisse la section CGT locale bien isolée dans son action. Le tract fait remarquer Philippe Hernandez, représentant local de la CGT, qu'il a accepté et signé l'accord salarial du mois d'avril 2008 comportant notamment une augmentation de 3,2 % du salaire moyen, avec effet rétroactif au 1er mars. « Mais quelle mauvaise foi de ta part quand tu affirmes que c'est nous qui décidons des augmentations salariales ! Ce n'est pas nous qui avons signé à ta place, au nom de la CGT, les 2,9 % de 2007, ni les 3 % de 2006, et encore moins les 2,3 % de 2005 », peut-on encore lire sur le tract FO à l'adresse du « camarade CGT ». Gaëtan de Fourtou lui aussi ne manque pas de rappeler que cet accord, réalisé avec les partenaires sociaux, « est le plus favorable négocié depuis sept ans ». La guerre des nerfs s'installe. On se renvoie le mistigri. Alors arrêt du mouvement, négociations, sortie de grève négociée ? Les prochaines heures pourraient s'avérer décisives. Lu 362 fois
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