La maison de la discorde

C’est l’histoire d’une mère de famille dans la panade, en conflit avec la municipalité alors qu’elle pensait compter sur la solidarité communale pour obtenir un logement dans le village, le tout sur fond de Faugerolle contre Faugerolle.



Une petite histoire pour le Médoc, une polémique municipale pour Couquèques. Christiane Boulard, 44 ans, sans emploi, est mère de quatre filles (16 ans et demi, 14 ans et demi, 12 ans et 7 ans et demi). Depuis quelques semaines, la petite dernière a été confiée à son père qui réside à Ordonnac. Christiane ne jouit plus que d’un droit de visite. Séparée de son conjoint depuis octobre 2006, elle est restée vivre dans la maison que le couple avait faite construire à Couquèques, et où il a emménagé en mars 2003, jusqu’à la vente du pavillon, le 19 mai 2008. Le sous-seing ayant été signé le 15 février de la même année. Dès cette date, ne disposant plus que de trois mois avant de quitter les lieux, Christiane Boulard se met en quête d’un logement. Problème, ses revenus et son CDD lui ferment bien des portes. Elle ne travaille alors que vingt heures par mois dans une propriété viticole de Queyrac. Autre contrainte : elle recherche un logement proche du lieu de scolarisation de ses filles : deux à Pauillac, deux au
RPI (regroupement pédagogique intercommunal) de Couquèques.

> A Couquèques, elle postule, sur une liste d’une dizaine de personnes, pour louer le logement communal, une maison de trois chambres avec jardin, disponible depuis le 8 mai. Sans succès non plus. Et elle se retrouve dans une situation étrange : avec 40.000 € sur son compte issus de la vente de la maison, désormais sans travail, avec trois enfants à charge, et sans domicile. Ses voisins l’hébergent avec ses filles, ce qui est encore le cas aujourd’hui. Ils se portent même garants auprès de la municipalité. Laquelle ne retient pas cette possibilité. Le conseil municipal juge que le loyer de 564,47 € n’est pas à la portée de la mère de famille compte tenu de ses revenus. Soit 558 € d’allocations familialeset 288 € de pension alimentaire. Christiane Boulard affirme pourtant que la simulation qu’elle avait faite pour l’allocation logement ne lui laissait plus que 130 € à payer de sa poche. « J’avais même proposé, pour les rassurer, un virement automatique sur mon compte, j’avais aussi proposé de faire quelques petits travaux dans la maison », poursuit-elle pour bien signifier que ses intentions étaient bonnes.
« On ne pouvait quand même pas admettre de ponctionner la pension alimentaire des enfants pour qu’elle puisse payer le loyer », explique de son côté Luc Peyronnet, conseiller municipal, dont le maire Thierry Faugerolle préfère être accompagné pour s’expliquer sur cette affaire embarrassante. Embarrassante parce qu’elle touche à la « solidarité villageoise », un principe certes aléatoire, inscrit dans aucun texte légal, mais dont Christiane Boulard pensait sincèrement qu’il aurait pu jouer en sa faveur.
Le maire et son conseiller municipal font valoir que le logement communal n’est pas un logement social et qu’il n’est pas question pour la commune, avec un budget « ric-rac » d’environ 150.000 €, de se passer de ce loyer mensuel. Christiane dit ne jamais avoir demandé de passe-droit. A l’inverse, accuse-t-elle, de la famille qui occupera bientôt le logement communal : « C’est un copain d’un conseiller municipal », affirme-t-elle. Ce que réfute le maire.

> « J’habite Couquèques depuis plusieurs années, j’ai payé des impôts ici, alors non, vraiment, ils n’ont pas été sympas avec moi », poursuit Christiane Boulard. Qui s’est ouvert de ses difficultés à Gilles Faugerolle, ancien maire et frère de Thierry, ainsi qu’à sa compagne Evelyne Raboisson, ex-première adjointe. Lesquels se sont fendus auprès de la presse locale d’un courrier accusateur à l’encontre de la municipalité en place. Où l’on peut lire, notamment : « Vous venez d’être élus sur une liste « Vivre à Couquèques », mais, apparemment, n’importe qui ne peut pas vivre à Couquèques. Il est exact que l’on ne gère pas une commune avec des sentiments et que l’on se doit d’être impartial. Citoyens de France, nous sommes fiers des trois mots de notre devise « Liberté », « Egalité », et surtout, « Fraternité ». Manifestement, entre les deux frères Faugerolle, la discussion passe mal. Ce qui envenime encore les choses.
« Nous comprenons la situation délicate de cette femme que je crois vaillante et honnête, explique Luc Peyronnet. Qu’elle utilise tous les arguments pour se défendre, je trouve ça normal. Elle a affronté le conseil municipal vendredi 13 juin pour venir s’expliquer, ce qui était loin d’être évident pour elle. Mais il faut de la sérénité ! Ce n’est pas en montant les gens les uns contre les autres qu’on règle les choses. Nous lui avons dit que nous allions tout mettre en œuvre pour lui trouver un logement beaucoup moins cher. Mais pour l’instant, nous sommes dépourvus. » Thierry Faugerolle va tenter de trouver une solution dans le cadre de
l’intercommunalité. Il se dit « excédé » par la proportion que prend cette affaire et se demande pourquoi son frère, s’il prétend lui donner une leçon d’humanité, ne s’est pas représenté au poste de maire. « Nous ne sommes pas insensibles », clame-t-il. En revanche, il convient qu’en lieu et place des logements sociaux que la précédente municipalité envisageait d’installer dans la maison rachetée à côté de l’école, son équipe verrait davantage des gîtes. Un choix politique qui prend tout son sens dans le contexte actuel.

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