Le journal du Médoc
Samedi 19 Juillet 2008
21:27

La marque des imbéciles

De plus en plus de communes médocaines. prennent des mesures à l'encontre de ceux qui se livrent à des dépôts sauvages et illégaux d'ordures en tout genre en pleine nature. Les exemples, hélas, ne sont pas difficiles à trouver en Médoc.



La marque des imbéciles
Cannettes métalliques et bouteilles en verre, sommiers rouillés, cartons détrempés, réfrigérateurs, gazinières, jouets, gravats de briques et de plâtre, pots éventrés de peinture et de détergents, bidons d'huile suintants, médicaments… C'est la triste complainte des décharges sauvages. Ces verrues que l'on doit à des contemporains qui ne connaissent visiblement pas l'usage des déchetteries ou des conteneurs de tri sélectif. Ils choisissent la solution de facilité, la plus lâche.
Les leçons de morale et de culpabilisation n'ayant aucun effet sur ces piètres citoyens, certaines communes ont choisi la manière forte. A Soussans, plusieurs mesures ont été prises depuis que les élus se sont aperçus que la commune risquait de devenir un déversoir pour les habitants de communes environnantes. D'abord, des plaintes seront systématiquement déposées en gendarmerie à l'encontre de ceux qui seront identifiés comme coupables de dépôts sauvages d'ordures, d'après les éléments relevés sur les déchets. Ensuite, la commune facturera une somme forfaitaire de 150 euros - on ne parle pas d'amende - correspondant aux frais de nettoyage et de remise en état du site pollué par les services municipaux. Idem à Pauillac, où il en coûtera au contrevenant jusqu'à 150 euros, en fonction du volume ou de la nature des déchets. Encore faut-il que le coupable ait laissé des indices pendant son forfait, de manière à remonter la piste jusqu'à lui.

> Outre l'imbécillité, comment s'expliquent de tels actes ? D'abord, en observant la nature des déchets, on en conclut que les particuliers ne sont pas seuls en cause. On pointe souvent du doigt les artisans et les entrepreneurs. Le SMICOTOM (syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères) accepte pourtant gratuitement, sur les trente-deux communes dont il gère les ordures ménagères, les déchets ou gravats apportés par des professionnels, à hauteur de 1 mètre cube. Au-delà, il faut payer, ce qui ne doit en théorie poser aucun problème, puisque, sur un chantier, par exemple, l'évacuation des gravats est en généralement facturée au client par l'entrepreneur.
Les déchetteries n'acceptent que les véhicules de 2,5 tonnes maximum. Compte tenu de ces restrictions, le centre de tri de Saint-Laurent-Médoc facture 5 euros la tonne de cartons. Au centre d'enfouissement technique de Naujac-sur-mer, la tonne de déchets non recyclables est facturée 83 euros, auxquels s'ajoutent 9,15 euros de taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). Autres tarifs : 37 euros la tonne pour les bois de construction ou de démolition, 5 euros pour les gravats, 22,87 euros pour les déchets verts.

> Les correspondants du JdM sont partis à la recherche des tas d'immondices qui jonchent les talus de leurs communes respectives. Ils n'ont eu, mais on s'en doutait un peu, aucun mal à en trouver. Ainsi à Jau-Dignac et Loirac (voir par ailleurs), des photos ont été réalisées samedi 14 janvier sur trois gravières privées de la commune : la décharge du château d'eau, la décharge du Gadet et la décharge de Semensan, qui n'accueille que des gravats qui brûlent de temps en temps, dégageant une fumée désagréable. Toutes sont accessibles en voiture, tracteur ou camion, sans obstacle - fossé, monticule de terre ou souche d'arbre - pour fermer l'accès.
A Lesparre-Médoc, c'est devant les grilles de l'ancienne décharge que les services municipaux sont obligés de passer une fois par mois pour débarrasser les objets jetés au rebus. Même comportement irresponsable à Cussac-Fort-Médoc, où les bas-côtés de la route conduisant à la déchetterie sont jonchés d'immondices sur les 300 derniers mètres. " Des gens qui viennent en dehors des horaires d'ouverture, qui ne veulent pas rentrer chez eux avec leurs déchets et qui les jettent n'importe où aux abords ", commente, désabusé, le gardien des lieux.
A Listrac-Médoc, deux anciennes décharges sauvages - Médrac et Donissan - ont été nettoyées par les services municipaux. Mais une décharge chasse l'autre. Au Fourcas, il en est une qui dénature un magnifique paysage entre vignes et forêt, sur un terrain communal où l'on a autrefois extrait la grave. Aux dires des vignerons travaillant alentour, depuis que la clôture a été retirée les dépôts d'ordures y sont fréquents, même en pleine journée. Preuve que le sentiment d'impunité est l'opium du pollueur anonyme.

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