Le journal du Médoc
Samedi 19 Juillet 2008
21:22

Le Médoc tire la langue… bleue

Suite à la détection d'un cas de fièvre catarrhale sur un bovin à Queyrac, le 1er avril, les éleveurs médocains attendent de pouvoir vacciner et commercialiser leur cheptel vers leur principal débouché, l'Italie.



Le Médoc tire la langue… bleue
Les éleveurs médocains sont dans l'expectative. Quand pourront-ils vacciner leurs bovins contre la fièvre catarrhale, sérotypes 1 et 8 (lire encadré) ? Quand pourront-ils reprendre la commercialisation vers l'Italie, principal débouché pour les broutards ? Mercredi 9 avril, certains visages étaient inquiets dans la salle des fêtes de Queyrac, reconvertie pour l'occasion en QG de crise. Ils étaient une vingtaine à avoir répondu à la convocation du Groupement des éleveurs girondins (G.E.G.), coopérative de production à laquelle adhèrent 180 éleveurs du département, dont une trentaine en Médoc. D'emblée, Serge Chiappa, président du GEG, a précisé que « la situation évolue tous les jours, voire toutes les heures ». Autrement dit : rien n'est certain dans le mode opératoire pour sortir la profession de cette nouvelle crise sanitaire. Avec un point positif pour l'opinion publique et donc les consommateurs : l'homme ne peut pas être contaminé par ce virus, assure Agence française de sécurité sanitaire des aliments (A.F.S.S.A.).

> Reste la situation immédiate, préoccupante. L'Italie, qui représente 90 % des débouchés pour le GEG, n'accepte plus, depuis le 4 mars dernier, l'entrée des bovins français sur son territoire que s'ils sont vaccinés. Et pour le Médoc, la situation est doublement compliquée puisque la presqu'île est concernée par deux sérotypes, donc deux vaccinations. Et aucune certitude n'a été apportée par la représentante de la direction départementale des services vétérinaires (D.D.V.S.) de la Gironde, Mme Jassaud (par ailleurs très claire dans ses propos), quant au délai de mise à disposition du vaccin. Ni d'ailleurs sur le laboratoire qui sera choisi pour ce vaccin. Seule certitude : les deux vaccins devront être injectés dans le même laps de temps. Une vaccination qui devra s'installer durablement, pendant plusieurs années, pour espérer endiguer le virus.
Philippe Nompeix, directeur du GEG, a néanmoins rappelé que des solutions existent, sans attendre le vaccin pour le sérotype 1, pour que les cheptels ne restent pas immobilisés sur pattes sans être valorisés. « Nous pouvons commercialiser des broutards âgés de six à huit mois vers quelques ateliers de re-pousse/engraissement du Sud-Ouest, qui revendent les bêtes alourdies sur le marché italien, quatre-vingt dix jours après la première vaccination. On peut donc commercialiser, mais avec une baisse de 10 % en valorisation sur les animaux de premier choix, et de 15 % sur le deuxième choix. » Autre avancée du G.E.G. face à cette situation de crise : le groupement devrait financer, dans certaines conditions, la rétention des animaux sur les exploitations, entre 90 à 120 jours, via une avance de trésorerie sous la forme d'un prêt à 4 %. « En plus de l'inconnue de la valorisation, se posent pour les éleveurs les contraintes de travail pour la contention d'animaux, alors qu'ils sont ou devraient être à l'herbe, au pré », ajoute Philippe Nompeix.

> Autre point d'importance : comment vacciner près de 10.000 bovins (lire encadré) avec un seul vétérinaire, Louis Caruel, pour suivre l'ensemble des élevages médocains ? « J'ai prévu de recruter des étudiants vétérinaires qui viendraient des écoles vétérinaires de Nantes, Lyon et Toulouse, rassure Louis Caruel. Ce qui, d'ailleurs, offrira aux étudiants une bonne initiation au monde rural ! Pour ce faire, leurs examens ont été avancés au 15 mai, de façon à ce qu'ils puissent être libres pour la vaccination. On va devoir vacciner, dans un premier temps les moutons, qui sont les animaux les plus sensibles à la maladie. C'est prévu pour fin/avril début mai. Ensuite, on vaccinera les bovins : deux injections à un mois d'intervalle, pour le sérotype 1 et pour le sérotype 8. Si les services vétérinaires nous demandent de respecter à la lettre les préconisations du fabricant du vaccin, on sera obliger de vacciner séparément pour le 1 et pour le 8. Ce qui entraînerait des complications pour les éleveurs. Mais ce sera en priorité le sérotype 1, pour éviter qu'il se propage vers le Nord en direction du Poitou-Charentes, du Limousin et du Charolais - c'est-à-dire tous les bassins allaitants du nord de la France -, et pour empêcher le sérotype 8 de descendre en Aquitaine. » A noter enfin que l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (O.N.C.F.S.) va réaliser des prélèvements sur les ruminants sauvages pour vérifier si cette maudite fièvre catarrhale n'a pas atteint cerfs et chevreuils.


Suivre l'évolution de la situation sur www.web-agri.fr/

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