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Le dernier voyage de Marc PagèsL’église St Saturnin de Bégadan était trop petite pour accueillir toutes les personnes venues rendre un dernier hommage à Marc Pagès, décédé d’une attaque cardiaque à l’âge de 83 ans dans la nuit du 3 au 4 juillet.
Marc Pagès est né en 1924 dans un pays, la Tunisie, avec lequel il a toujours eu des relations intenses. C’est sur cette terre qu’il s’est très tôt révélé en homme d’action, préférant aux gammes du piano les plaisirs de la nature et de la chasse. « Boupa », son grand-père, qui a créé de toutes pièces les propriétés familiales, a certainement été l’inspirateur d’une existence dense qui a d’abord traversé les tourments d’une Europe à feu et à sang. A 19 ans, il apprend la guerre dans la campagne anglaise. Puis c’est l’incorporation dans la 2ème Division blindée (DB) et le débarquement en Normandie comme 2ème classe conducteur de char. Blessé pendant cette bataille qui précède la libération de Paris, il est hospitalisé au Val-de-Grâce, où il tombe sous le charme de la jeune et belle Agnès, qui deviendra sa femme, « la seule à pouvoir dompter votre caractère généreux, mais parfois un peu trop fougueux », selon les mots de son gendre Frédéric Le Clerc, dans un bel et tendre hommage rendu pendant les funérailles et dont voici quelques extraits.
« 1945-1962 : c’est votre vie d’homme marié en Tunisie, où quatre enfants viennent vite agrandir le cercle familial. Vous vous occupez de la propriété de Marquey en étant très proche des ouvriers tunisiens qui apprécient beaucoup votre connaissance de leur langue et de leur culture. Vous vivez dans le pays aimé en pouvant vous adonner à vos passions sportives : la chasse, la pêche sous-marine et le tennis qu’Agnès vous fait découvrir. Le Méditerranéen que vous êtes a son orgueil un peu blessé car il est régulièrement battu à ce jeu par sa femme ! Il prend alors des cours avec son ami René, s’entraîne et réussit à dominer ce sport, puisque vous avez été classé 15/2, talonné par Agnès classée 15/3… 1962 : les dernières propriétés françaises sont expropriées par le gouvernement tunisien qui vous a demandé, comme à cinq autres colons, de rester les aider à exploiter leur pays. Mais il faut tourner la page, et vous rentrez en France. La Tunisie ne sera pourtant pas oubliée, puisque, dès que vous le pourrez vous y retournerez, plusieurs fois par an. Vous en avez besoin, c’est un peu votre psychothérapie. Vous pouvez ainsi sentir les odeurs, entendre l’aboiement des chiens arabes, avoir le plaisir de parler la langue du pays, retrouver vos amis tunisiens et la culture musulmane qui a tant à nous apprendre au niveau de l’accueil et de la générosité, lorsque l’Islam est bien vécu […] 1962-1964 : deux années difficiles pour la famille Pagès ! Vous êtes installés dans le Gers où l’agriculture ne permet pas de vivre et c’est la période des vaches maigres. Il fait froid et le soleil de Tunisie vous manque. Mais vous réagissez et recherchez un autre point de chute. Votre frère Guy vous aide à découvrir dans le nord du Médoc une propriété à moitié abandonnée que vous rachetez avec l’aide de deux amis et que vous dirigez. 1965-2007 : c’est la période que tous ceux qui sont ici aujourd’hui connaissent le mieux. Avec votre dynamisme et votre expérience de la culture de la vigne, votre foi dans la vie, et surtout sans oublier l’aide et le travail d’Agnès, vous remettez en marche cette magnifique propriété de La Tour de By. Vos enfants pendant ce temps se marient. C’est l’époque des parties de pêche à Cordouan avec tous vos amis, dont plusieurs anciens de Tunisie qui sont venus grâce à vous, s’installer aussi dans le coin. C’est aussi la création de Noaillac et le beau travail que vous faites avec Xavier. Vos petits-enfants arrivent et sont ravis et comblés d’avoir un grand papa qui devient pour eux un grand enfant. Ils adorent se mettre sur vos genoux pour écouter l’histoire du « chien arabe et du sanglier avec Oncle Noël » et une génération plus tard vous aurez la joie de prendre sur vos genoux vos premiers arrière-petits-enfants. Bien sûr, Marc, vous aviez comme tous les hommes des défauts. On ne peut être un passionné, comme vous l’avez été, sans être parfois un peu égoïste, et votre écoute n’était pas toujours la meilleure qu’on puisse imaginer. Mais nous vous avons aimé tel que vous étiez et nous vous remercions pour tout ce que vous nous avez apporté et pour l’exemple que vous avez été pour tous. Exemple d’intégrité, exemple de bonté, car vous étiez toujours prêt à rendre service à ceux qui en avait besoin. Exemple de courage et de dynamisme. Exemple d’un certain détachement par rapport à l’argent. Exemple de fidélité dans votre amitié et dans votre vie de couple où l’amour a toujours été fort et vivant. Vous avez été un homme d’action au grand cour, passionné par tout ce qu’il entreprenait et qui aimait tous ceux qu’il rencontrait. Dans le monde de l’amour, que vous avez rejoint, vous avez certainement retrouvé les proches de votre famille qui vous ont précédé ainsi que beaucoup d’amis. Nous sommes persuadés que vous allez continuer d’en haut, à nous aider et que vous intervenez déjà pour Capucine, votre arrière-petite-fille, et pour ses parents. Il est impossible d’imaginer une cérémonie de funérailles gaie, mais nous voudrions que la vôtre soit une action de grâce pour la vie que vous avez vécue. Qu’elle soit aussi pour nous tous l’occasion de vous souhaiter beaucoup de bonheur dans cette nouvelle vie que vous venez de commencer. » L’adieu à Guy Prévosteau
Guy Prévosteau est décédé à l’âge de 73 ans, après s’être vaillamment battu contre une longue maladie. Son départ laisse un grand vide dans la commune d’Ordonnac où il était très estimé, ainsi que dans le monde viticole qui lui doit beaucoup. C’est un sage patriarche que perd la communauté.
Guy Prévosteau était générateur de bonnes idées parce que, très honnête et sérieux, il prenait le temps qu’il fallait pour les étudier, les mettre en forme, avant de les présenter. Déjà , jeune propriétaire, il avait très vite compris la nécessité des regroupements, des fédérations, afin de représenter un bloc solide, d’avoir les moyens d’agir, une force de vente digne de ce nom. D’où sa longue action prépondérante et continue au sein du mouvement coopératif viticole. Il termina sa carrière comme directeur de la cave d’Ordonnac, après avoir quitté le poste de directeur à Uni-Médoc, qui lui doit tant. Rappelons que le 4 février 2002, la croix de chevalier de l’ordre de la légion d’honneur lui fut décernée à Bordeaux, pour services éminents rendus à la viticulture et au mouvement coopératif viticole. La retraite tranquille n’était pas pour un tel homme, il avait besoin d’aider les autres, toute la communauté, en toute discrétion. Ainsi, il est resté président du club de football. Il a proposé d’écrire un livre de souvenirs sur le village, ce qui a été accepté. Après constitution d’une équipe où toutes les charges étaient réparties, il a chapeauté l’ensemble jusqu’à la fin. Car ce livre, « Ordonnac, mon village au coeur du Médoc » a rencontré un véritable succès ; il en a même manqué, tant les gens étaient heureux de retrouver leur jeunesse et de revivre leur passé. Aujourd’hui, ce merveilleux document qui retrace la vie du village, va laisser d’amers regrets à ceux qui, peut-être par manque de confiance, ont hésité à remettre leurs souvenirs en temps voulu, et qui souhaitaient une deuxième édition complétée. Lu 2830 fois
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