Le mouvement se durcit

Haute technologie ne va pas forcément de pair avec hauts salaires. Une partie des employés de Composites Aquitaine, à Salaunes, réclame une revalorisation salariale et mène des débrayages depuis le 31 mai.



Le mouvement se durcit
Après que les deux principaux syndicats de la société, CFE-CGC et FO, ont signé l’accord salarial du 29 mai dernier (lire encadré), la CGT a initié le mouvement social qui a débuté jeudi 31 mai dès 8 heures. Elle demande 150 euros de hausse pour l’ensemble des salaires, soit environ quatre cent cinquante salariés (contrats à durée indéterminée et déterminée, intérimaires). Une revendication à laquelle la direction risque de rester sourde, considérant qu’elle a déjà fait beaucoup pour cette année. C’est ce que rappelle Muriel Monboucher, directrice des ressources humaines : « Cette année, nous avons donné plus que d’habitude. Les deux syndicats majoritaires ont signé cet accord. Nous avons également négocié des accords société, qui portent, par exemple, sur les conditions de départ à la retraite, des primes. Et curieusement, ils font grève…. Je pense qu’il y a également des éléments extérieurs qui motivent ce mouvement. Je pense notamment à l’augmentation du prix des carburants : nous avons des salariés qui viennent de loin dans le Médoc ou du bassin d’Arcachon. » Les employés de Sainte-Hélène, Salaunes ou Castelnau-de-Médoc, donc proches de leur lieu de travail, sont en effet loin d’être majoritaires dans l’effectif de Composites Aquitaine. L’inflation du prix des carburants, le pouvoir d’achat en berne, d’accord, mais pas seulement. « On entend partout que la santé d’EADS est florissante, mais que la moyenne des salaires de Composites Aquitaine est la plus basse du groupe et malgré les efforts (reconnus de bon gré) apportés par la direction », explique Philippe Hernandez, représentant local de la CGT. « Composites Aquitaine possède la capacité d’offrir mieux à ses salariés sans pénaliser son développement futur », peut-on lire sur les tracts distribués. D’autant que l’actualité judiciaire suscite quel-ques réactions parmi les salariés : l’ancien coprésident français d’EADS, Noël Forgeard, a été mis en examen pour « délit d’initié », soupçonné d’avoir profité de sa situation professionnelle pour réaliser un gain personnel de plus de 4 millions d’euros en vendant ses actions, avant la dégringolade en Bourse d’EADS.

> Reçus en début de semaine par la direction, et n’ayant obtenu aucune avancée,
les grévistes (ils étaient soixante-douze au début du mouvement) ont décidé de poursuivre leur action. Ils s’organisent pour coordonner les horaires de débrayage - une heure par jour - des différentes équipes (matin, journée, après-midi et nuit). Des grévistes surtout issus de l’unité « production » et qui regrettent quelque peu de ne pas être plus accompagné par des salariés d’autres unités. Faute de négociations constructives, cette grève pourrait s’installer dans le temps, et avoir des répercussions sur la production si l’interdiction de pénétrer est maintenue pour les véhicules de livraison (sauf cantine). « Ça commence à devenir pénalisant », concède Muriel Monboucher. Pour l’instant, la navette quotidienne entre Composites Aquitaine et Airbus, l’un des gros clients de la société, n’a jamais été bloquée. Bernard Ayglon, secrétaire de l’union CGT locale de Saint-Médard-en-Jalles et responsable juridique départemental, assure la « prévention juridique » des éventuelles actions envisagées, pour éviter aux grévistes des désagréments devant les tribunaux, à l’instar de quelques exemples récents.
Mardi 3 juin peu avant 9 heures, Philippe Hernandez, accompagné de deux autres salariés, enlève les rondins de bois qui barraient le passage pour accéder au parking de l’entreprise. Deux gendarmes de la brigade de Castelnau sont là pour veiller à ce qu’ils s’exécutent. Le maire de Salaunes, Jean-Marie Castagneau, arrive pour signaler que quelques voitures garées sur les bas-côtés de la route D6 Bordeaux-Lacanau rendent dangereux l’accès à une route communale transversale. Faute de parking, au moins une centaine de véhicules bordent cette route très fréquentée. Les agents de la DDE décident d’installer des panneaux de limitation à 50 km/h au niveau de la route d’accès à l’usine.
A partir de ce jour, les grévistes envisagent de passer de une heure à deux heures de débrayage quotidiennes. Et peut-être même une distribution de tracts aux automobilistes. De son côté, aux dernières nouvelles, la direction campe sur ses positions : pas de rallonge salariale dans l’immédiat.

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