Dans cette boutique située au n°2 de la place du Maréchal-Juin, à Listrac-Médoc, Danielle Guillebaud est comme en tenue de camouflage, parfaitement intégrée à cet environnement éclairé aux néons où chaque centimètre carré d'espace est occupé, quasiment du sol au plafond. Un vrai " fouillis " convient elle-même la patronne des lieux. Flacons de parfum, stylos, fils à coudre, sous-vêtements, collants, linge de maison, bijoux fantaisie, canevas sur commande, parapluies, maroquinerie et bibelots en tout genre. Bref, une caverne d'Ali Baba où l'on trouve de tout, y compris le dépôt de pain, comme l'indique un carton sur la porte d'entrée. Danielle montre même le tampon encreur qui révèle l'étendu des activités de la boutique : " confection - bonneterie - mercerie - parfumerie - papeterie ". Un lieu extraordinaire qui a résisté à l'uniformisation des supermarchés. Un conseiller en aménagement intérieur jugerait sans doute hérétique cette vitrine où se côtoient robes, fleurs artificielles et saladiers façon feuilles de choux. Mais ce magasin-là est bien vivant, même que les soldes y sont proscrites : " Déjà que je fais des prix bas toute l'année… "
> Chez elle, " c'est au centimètre près ". Ici, ruban, biais, dentelle ou élastique sont vendus à la coupe. C'est-à -dire de la bonneterie traditionnelle qui devient rarissime sur la presqu'île. Du coup, " je ratisse large " explique-t-elle de sa voix fluette. " Il y avait une mercerie à Pauillac qui a fermé en novembre dernier, une autre qui a fermé il n'y a pas longtemps à Macau je crois… " Seuls " Roger Elegance " à Lesparre et " Les Nouveautés " n'ont pas capitulé. " Souvent, quand quel-qu'un vient chercher une fermeture éclair, il repart avec autre chose. " On n'en doute pas, tant le choix de marchandises est vaste, parfois surprenant comme ces boîtes de bonbecs dans lesquels peuvent venir piocher les gamins de passage.
Vingt-deux ans que Danielle Guillebaud, une Listracaise de souche, est là , dans sa boutique ouverte tous les jours - sauf le lundi, et uniquement le matin en février. Après avoir élevé sa fille, elle s'est lancée dans l'aventure du commerce en rachetant " Les Nouveau-tés " à Mme Gauffre, alors âgée de 78 ans. Un magasin peut-être centenaire qui fut, avant d'être réaménagé voici une trentaine d'années, une sorte de supérette multiservices. Il faut croire que " Les Nouveautés " a connu quelques belles années puisque Danielle Guillebaud a pu acheter les murs de l'affaire. Aujourd'hui, " on sent la crise ", concède-t-elle.
" Je n'ai rien changé. J'ai juste rajouté petit à petit des marchandises, ce qui me passait par la tête… " Si peu. Parfois, elle dit piquer une colère, mais on l'imagine mal en furie. " Je dis : " Ici, c'est Mère Thérésa et l'Abbé Pierre ! " Il faut dire que Guy, son mari aujourd'hui retraité, est souvent sollicité pour donner le coup de main ici et là . Elle aussi. Ce jour-là , le garde champêtre de Moulis-en-Mé-doc lui apporte des bacs de linge sale de l'école, qu'elle se charge occasionnellement de nettoyer.
Danielle Guillebaud fêtera ses soixante ans dimanche 12 février. " Tout le monde me sollicite pour me dire de rester, pardi ! Mais il faudra bien que je m'arrête un jour… "