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Les candidats se mettent en quatreAvec deux listes officielles et deux dissidentes, à droite comme à gauche, l'élection de Lesparre-Médoc focalisera toute l'attention les 9 et 16 mars prochains. C'est la succession de Bernard Prévôt qui est en jeu.
Il y a quelques mois, une société de production audiovisuelle cherchait une « commune intéressante » en vue des élections municipales. Son but, produire, pour une chaîne de télévision, un documentaire sur les dessous d'une campagne municipale en milieu rural, comparable à ce qui avait été fait en 2001 sur les dessous de l'élection municipale à Paris. Lesparre est restée longtemps dans la « short list » des producteurs, qui ont finalement porté leur choix sur une commune des Corbières, Fleury d'Aude.
Si la sous-préfecture du Médoc a retenu à ce point l'attention, c'est bien parce qu'elle possède, électoralement parlant, toutes les caractéristiques d'un point chaud à l'échelle de la région. D'abord, parce qu'il s'agit de la capitale administrative du Médoc, dont l'image est depuis longtemps sujette à controverse, notamment par l'existence d'une certaine population défavorisée, venue de la banlieue bordelaise pour occuper des logements sociaux, publics ou privés, que les municipalités successives ont largement développés. Ensuite, parce que son maire sortant, le socialiste Bernard Prévôt, a décidé de ne pas se représenter, créant, de fait, un vide à combler d'autant plus important qu'il était en place depuis trente et un ans. Enfin, et surtout, parce qu'à gauche comme à droite, on n'a pas réussi à faire la synthèse. Ce sont donc quatre listes qui partiront au combat le 9 mars, soit cent huit candidats et candidates, une forme d'exploit dans une commune de moins de 5.000 habitants. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on est assez loin de l'entente cordiale dans chaque camp. > A gauche, Patrick Stora est le candidat officiel du Parti socialiste. A l'automne dernier, les militants lesparrains du P.S. ont choisi, pour conduire la liste, ce médecin de 53 ans, gynécologue accoucheur à la clinique mutualiste, plutôt que Michel Saubion, secrétaire de la section locale. Le choix a les allures de la nouveauté qui bouscule les traditions. Stora est arrivé en Médoc en 2000, il ne s'est inscrit au P.S. qu'en 2003, il affiche un sens consommé de la communication et il n'a jamais caché son ambition d'entrer en politique. Autant de détails qui agacent l'entourage de Bernard Prévôt, lequel ne s'est pas gêné pour dire publiquement qu'il aurait préféré Michel Saubion. Lequel n'avait été battu que de deux voix (16 contre 14) lors du vote des militants. Du coup, pour ne pas laisser le champ libre à Patrick Stora, c'est Bernard Guiraud, 50 ans, adjoint aux sports de l'équipe Prévôt, qui est monté au créneau pour constituer sa liste. Non sans avoir, préalablement, rendu sa carte du Parti socialiste. Bien qu'ils se retrouvent sur le domaine de l'emploi et de l'activité économique, en prônant tous deux la création d'un « pôle emploi », les deux hommes, c'est vrai, sont différents. Au positionnement volontiers intellectuel et élitiste de Stora, Guiraud, sapeur-pompier professionnel, réplique par son engagement très ancien dans une ville qui l'a vu naître, où il est et pour laquelle il souhaite réellement s'investir, dans un esprit d'équipe. « Dans ma liste, explique-t-il, j'ai des gens qui ont prouvé qu'ils avaient déjà travaillé pour Lesparre et qu'ils voulaient continuer à le faire. » > Le dialogue et la concertation avec les administrés sur les grands débats de la ville reviennent comme un leitmotiv dans ses propos, conscient, sans doute, que cette concertation n'était pas à l'ordre du jour précédemment. Il sait aussi qu'il aura la lourde tâche de porter « l'héritage Prévôt », qu'il ne renie d'ailleurs pas. « Bernard Prévôt m'a donné les responsabilités que je souhaitais, dit-il, et cela me confère de l'expérience. Mais je dis aussi que le simple examen de ma liste prouve qu'il y a bien une rupture avec la période qui vient de s'achever ». Patrick Stora, pour sa part, joue la carte de la politisation. « Dans le monde que nous connaissons aujourd'hui, on ne peut pas être apolitique », affirme-t-il. Il insiste donc sur la lutte contre la précarité, mais aussi sur la nécessité de « remettre à niveau ce qui doit être la place de Lesparre dans le 21ème siècle. » Mais, ajoute-t-il, « sortir Lesparre de sa léthargie demandera forcément deux ou trois mandats. » D'autant que Patrick Stora admet ne pas choisir la facilité quand il veut faire de la culture l'un des points essentiels de sa candidature. « Je prends un risque, c'est vrai, dit-il, mais ouvrir le maximum de gens à la culture, c'est les enrichir, leur faire mieux comprendre le monde, développer leur citoyenneté. » > A droite, Marcel Le Floc'h, candidat officiel de l'U.M.P., a, lui aussi, son caillou dans la chaussure en la personne d'Alain Jeantet. Opposition de styles, opposition de méthodes, les deux hommes sont en guerre ouverte depuis plusieurs an-nées, après avoir été pourtant élus tous les deux en 2001 sur la même liste d'opposition, battue seulement de 28 voix par la liste de Bernard Prévôt. Mais rapidement, Marcel Le Floc'h devait quitter le conseil au sein duquel il n'aurait jamais dû entrer, car frappé d'inéligibilité pour une banale histoire de domicile un peu tardif sur la commune dont il voulait être maire. « J'ai suivi un parachuté, on a sauté en-semble, mais il a décroché en vol et je me suis retrouvé en première ligne », résume Alain Jeantet, qui, en tant qu'ancien pilote et général de division aérienne, file parfaitement la métaphore militaire. Car suite au départ de Le Floc'h, l'opposition s'estscindée en deux groupes. L'un, conduit par Jeantet, adoptait une attitude très radicale vis-à-vis de Bernard Prévôt et de la quasi-totalité de ses décisions. L'autre, animé par Jean-Claude Laparlière, proche de Marcel Le Floc'h, se montrait parfois plus enclin à la coopération, votant parfois avec la majorité municipale. D'où un fossé qui s'est creusé entre Le Floc'h et Jeantet, agrandi encore par des attaques personnelles qui ont laissé des traces. > Il semblait donc illusoire de penser que les deux frères ennemis de la droite lesparraine feraient taire leurs différences à l'approche du scrutin. Même si, globalement, tous deux dénoncent l'image de la cité, son « immobilisme », ses « lacunes à tous les niveaux ». Le remède passe, de toute façon, par l'économique, mais chacun des deux candidats l'aborde sous un angle spécifique. Pour Marcel Le Floc'h, « il est vital de développer la zone artisanale et commerciale de Belloc pour attirer des entreprises, ce que Bernard Prévôt n'avait pas compris. » Il se dit prêt à prendre son bâton de pèlerin pour convaincre ces entreprises dans les cercles économiques de Bordeaux. « C'est la clef de voûte, martèle-t-il. Si on ne réussit pas cela pour créer des richesses, on ne fera rien d'autre dans cette ville. » Pour Alain Jeantet, la clef de voûte est ailleurs. Ce qu'il faut avant tout, estime-t-il, c'est « restaurer le sentiment de sécurité ». Tout est lié, selon lui. Des 17 % de chômage dans la population active de la ville au désoeuvrement des jeunes adultes, qui entraînent les plus jeunes dans la délinquance. « Luttons contre ce désoeuvrement par le sport, la culture, la vie associative, mais surtout par l'emploi en incitant les entreprises à venir s'installer à Lesparre », dit-il. Tout ceci sera précédé, dans les deux cas, d'un grand audit patrimonial et financier. Après avoir réglé leurs comptes, les deux candidats de droite espèrent bien s'attaquer à ceux de la commune. Reste un point capital, que les candidats abordent tous sur la pointe des pieds, celui de leur position respective au second tour, des alliances ou maintiens qui pourraient en découler. A priori, la synthèse des deux listes semble plus envisageable à gauche qu'à droite. Mais on sait bien qu'à Lesparre comme ailleurs, la politique est loin d'être une science exacte. Et le lendemain du 9 mars sera un autre jour. Lu 4076 fois
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