|
|
||
|
Rubriques
|
Maire est taireJack Pedro - 70 ans - VertheuilMaire depuis 37 ans, conseiller depuis 43 ans, le premier magistrat de Vertheuil referme cette année, apparemment sans regrets, le grand album de sa vie publique.
A Vertheuil, il fait partie du paysage. Comme l'abbaye ou l'ancienne boulangerie reconvertie en chambres d'hôtes. Cela fait quarante-trois ans que Jack Pedro hante les couloirs et l'étage de la mairie. Six ans comme simple conseiller municipal, puis trente-sept ans comme maire. Un bail qui ressemble à une longue histoire d'amour, de pouvoir et de responsabilités. Une histoire parfois contrariée, dont il va écrire le mot fin au lendemain du 16 mars prochain. Jack Pedro ne fera pas la campagne électorale de trop. Celui qui est le plus ancien maire médocain en activité a décidé de tirer un trait sur cette vie passée au service de sa commune. « L'âge est là », constate-t-il, même si, au fond de lui, il ne cache pas qu'il aurait encore bien quelques idées pour son village.
Car ce village est, quelque part, le sien. « Quand on voit tout le travail effectué, dit-il, c'est vrai qu'on a du mal à décrocher. On a sûrement tendance à s'estimer un peu propriétaire de sa commune. C'est contestable, mais c'est ainsi. On s'identifie à ce village qui a évolué en même temps que vous. » On ne peut pourtant pas faire à Jack Pedro le reproche de vouloir se mettre en avant, pour tirer une gloire quelconque de l'action entreprise depuis si longtemps. Pedro, c'est le pied-noir qui aurait oublié la faconde et l'exubérance de l'autre côté de la Méditerranée. Dans les réunions publiques, c'est à peine si l'on remarque sa silhouette mince d'ancien sportif - il fut classé au tennis dans sa jeunesse - qui se maintient en forme. Avec lui, pas d'éclat de voix, pas de risque de sortie intempestive. A l'instar de son collègue de Cussac-Fort-Médoc, Jean-Claude Martin, Jack Pedro affiche avant tout une souriante courtoisie, qui est la façade de sa profonde timidité, de sa réserve légendaire. « Je ne suis pas démonstratif », concède-t-il. Du coup, il ne se livre pas facilement, conserve jalousement pour lui famille et vie privée. Lui faire avouer sa date et son lieu de naissance relève quasiment de la torture. Vertheuil, sans le savoir, abrite un sphinx qui garde tous ses secrets. On décèle là le poids d'une éducation où il a dû obéir à un père à la forte personnalité, héritier d'une famille de colons agricoles, adjoint au maire de L'Alma (aujourd'hui Boudouaou), commune de la plaine de Mitidja, à une trentaine de kilomètres au sud d'Alger. « J'aurais bien voulu être prof de gym, dit-il, mais mes parents trouvaient que c'était une voie de garage… Alors j'ai fait sciences. » En fait, il se retrouvera dès 1962, à la tête du château Le Meynieu, à Vertheuil, propriété de ses beaux-parents, commerçants à Lesparre. Car la famille Pedro, aux origines multiples - Alsace, Espagne - n'a pas attendu la débâcle et l'exode massif. En 1956, anticipant l'évolution de ce qu'on n'appelait évidemment pas encore la guerre d'Algérie, les parents de Jack Pedro achetaient le château Lalande, à Bégadan. La propriété était en vente sur… une petite annonce de l'Echo d'Alger, le quotidien local. « Quand j'ai découvert le Médoc, se souvient-il, le premier choc était thermique. Il faisait un soleil de plomb à Alger, ici, c'était la pluie, malgré l'été… » Jack Pedro ne tardera pas toutefois à s'investir dans la vie du village. En 1965, le maire de l'époque, Armand Normandin, vient le chercher pour figurer sur sa liste. « Avec mon père, dit-il, j'étais déjà sensibilisé à la chose publique. On a un peu ça dans les veines, dans la famille. J'ai d'abord dit non, puis, en réfléchissant un peu, je me suis dit qu'il y avait sans doute quelque chose à faire pour la commune. Je ne savais pas que j'en prenais pour quarante-trois ans. » Dès 1971, il se retrouve en position d'être maire, avec une équipe nouvelle et fortement rajeunie. Il décroche le fauteuil sans coup férir. Il en sera toujours ainsi jusqu'en 2001. Une traversée plutôt calme, avec un gros coup de tabac en 1983, quand le secrétaire de mairie de l'époque avait fait campagne pour la liste d'opposition, provoquant dans le village une fracture qui mettra des années à se cicatriser et qui a profondément marqué Jack Pedro. « Ca m'a appris à être sûrement moins gentil envers les autres, plus exigeant également. A faire passer le professionnel avant l'humain », reconnaît-il. A jouer personnel, à ne pas trop déléguer, ajoutent ses détracteurs, ce que l'intéressé admet volontiers, chat échaudé, c'est bien connu, craignant l'eau froide. Etre personnel, pour lui, c'est aussi s'identifier à sa commune. Et être forcément un peu méfiant vis-à-vis de tout ce qui ressemble, à ses yeux, à une volonté de lui imposer des règles avec lesquelles il n'est pas d'accord. Sa réticence, pour ne pas dire plus, à l'égard de l'intercommunalité est connue de tous. Vertheuil n'a adhéré que tardivement à la CdC Centre Médoc. « Je ne suis toujours pas convaincu de l'utilité de la communauté, avoue-t-il encore aujourd'hui. Ça peut marcher sur un point précis, comme le centre de loisirs de la Garosse, mais pour le reste, il me semble que si l'on répartissait les divers budgets intercommunaux au sein de chaque commune, on s'en sortirait au moins aussi bien. Mais j'avoue que je ne sais pas comment améliorer le système. » Autre exemple quand il défend, contre l'avis des services de l'Etat, son plan local d'urbanisme qui prévoit, selon eux, trop de terrains constructibles. « On ne fait qu'anticiper, se défend-il. On prévoit une population de 1.500 à 1.600 habitants d'ici à une dizaine d'années. On propose donc un P.L.U. en conséquence. L'Etat trouve que c'est trop. Il va bien falloir l'accepter. On a réduit d'environ 30 % nos ambitions. Mais qu'on ne vienne pas nous dire que la loi S.R.U. (Solidarité et renouvellement urbains, NDLR) donne plus de pouvoir aux communes. C'est faux. Ce sont toujours les administrations qui imposent leurs vues. » A quelques semaines de son bilan, Jack Pedro retient surtout l'agrandissement considérable du patrimoine vertheuillais, avec notamment la fierté que représente l'abbaye, dont il espère qu'elle deviendra bientôt « ethnopôle », pour que son rayonnement soit encore plus grand. Mais aussi tout ce qui a été fait en matière d'assainissement, de voirie et autour de la vie associative. « Finalement, sourit-il, quarante-trois ans, ça passe vite, tellement il y a de choses à faire. » Quand on lui demande ce qu'il ressent face à ces réalisations, la réponse ressemble au personnage. « On est content de voir le résultat. C'est une joie intérieure », dit-il. Le sphinx de Vertheuil a rendu son dernier oracle. Curriculum vite fait
1937 : naissance à L'Alma (Algérie), le 15 avril
1955 : découvre le Médoc 1962 : s'installe avec son épouse au château Le Meynieu 1965 : élu pour la première fois au conseil municipal de Vertheuil 1971 : premier de ses six mandats de maire 1990 : grand argentier (trésorier) de la Commanderie du Bontemps 2008 : met fin à sa carrière municipale Lu 1240 fois
Dans la même rubrique :
|1| >> |
|
|
Le Journal du Médoc - 2007
BP 2 - 33112 Saint-Laurent-Médoc - France +33 (0)5 57 75 14 00 |
||

Actualité
A la une
