Le journal du Médoc
Samedi 19 Juillet 2008
21:25

Ouvrir le robinier

Il ne supplantera pas le pin maritime. Mais le Groupement de productivité forestière (GPF) du Médoc* planche sur une revalorisation du robinier (faux acacia).



Ouvrir le robinier
Imputrescible, résistant à la chaleur comme aux froids sévères, à l'aise sur les sols pauvres, le robinier pourrait bien être un arbre d'avenir sur une planète chamboulée par le dérèglement climatique. Dans un article du quotidien « Le Monde » (édition du 13 février), on apprend que, selon les scénarios du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), complétés par les travaux menés plus localement par Météo France ou l'Institut national de recherche agronomique (Inra), « l'avenir des arbres français se jouera après 2050, quand la fréquence des canicules augmentera ». Alors les sylviculteurs anticipent, expérimentent, avec un œil sur ce qui se fait ailleurs. Notamment la Hongrie, pays où le robinier est roi. La plaine du Danube, qui connaît des étés caniculaires préfigurant, peut-être ce que la France s'apprête à connaître, constitue un bon terrain d'observation de la robustesse de cette essence.

> Alors c'est avec la Hongrie que le GPF Médoc a tissé des liens pour un partenariat que l'on peut résumer en ces termes : les Hongrois transmettent leur savoir-faire en matière de culture et de transformation de ce bois, en échange, le centre régional de la productivité forestière leur apprend à gérer un massif forestier éclaté en une multitude de propriétés privées, ce qui est le cas en Aquitaine. Actuellement, en effet, l'Etat hongrois redistribue ses forêts à des exploitants privés. L'objectif de cette privatisation est de doubler, d'ici vingt ans, la surface boisée en robiniers (de 400.000 à 800.000 hectares !). Ce partenariat repose sur un programme européen Leader +, qui a débuté en 2006 et doit se poursuivre jusqu'en 2009. Le programme a pris du retard. « Il y a deux ans, nous étions prêts, mais les Hongrois, eux, n'avaient pas les fonds Leader + », résume Gérard Larrue, technicien du GPF Médoc, qui s'est déjà rendu sur place, dans la région de Kecskemet (sud-est de Budapest).
En Médoc, où la population de robiniers est estimée par l'inventaire forestier national à 3.000 hectares (une goutte d'eau dans un océan de pins maritimes), Rémy Gabarre, technicien du GPF, sait que cette sylviculture ne sera qu'un marché de niche. Il s'emploie à prêcher la bonne parole auprès des sylviculteurs médocains. Alors que l'opinion publique est de plus en plus sensible aux dégâts causés par la surexploitation des bois tropicaux, le robinier présente les mêmes caractéristiques que le teck (il ne nécessite aucun traitement pour un usage extérieur). Et puis, c'est un aspect renforcé par le Grenelle de l'environnement, les commandes faites dans le cadre de marchés publics demandent de plus en plus des bois provenant des forêts gérées durablement, des essences locales dont on connaît bien l'origine.

> Outre le bois de chauffage, la principale valorisation du robinier sur la presqu'île reste le traditionnel piquet de vigne médocain, dont la filière avait été mise à mal au milieu des années 90 avec l'entrée du piquet… hongrois, sur le marché européen. Le piquet médocain semble à nouveau très demandé.
Très nerveux, avec des fibres qui ont tendance à retrouver leur courbe initiale, le robinier ne peut être scié qu'en petites longueurs. Il convient parfaitement pour du mobilier extérieur, comme des bancs, des bordures de massifs de fleurs, ou encore des panneaux de direction sur des circuits nature. Exemple, le syndicat viticole de Margaux a choisi d'utiliser ce bois très résistant pour les bornes de balisage d'un circuit VTT. Le syndicat viticole de Listrac-Médoc est également intéressé. De même que, en toute logique, l'Office national des forêts (ONF). A noter enfin que cet arbre est aussi utilisé pour fixer les terrains sujets aux affaissements (on pense immanquablement aux digues estuariennes) ou pour reboiser des sols stériles. Une chose est certaine, la tempête de 1999 n'aura eu qu'une vertu, celle de faire réfléchir le monde sylvicole à une diversification des cultures.

* Jeudi 21 février, le GPF Médoc organisait à Saint-Laurent une journée « valorisation du robinier de l'estuaire ».

Lu 2791 fois

Accueil Accueil    Envoyer à un ami Envoyer à un ami    Version imprimable Version imprimable


Dans la même rubrique :

|1| >>

A la une | Le dessin | L'événement | Politique | Sports | A suivre… | Associations | Patrimoine | Arts et spectacles | Vie locale | Faits divers | Environnement | Pays Médoc | Mémoire | CdC | Enseignement


Recherche
Site Google

Inscription à la newsletter
 

La recette de la semaine

Petites annonces


L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      

Allopass, le micro-paiement pour tous les Webmasters !