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Quinquagénaire cherche imageL'appellation listrac-médoc s'apprête à célébrer officiellement son cinquantième anniversaire.
On n'a pas tous les jours cinquante ans. C'est ce que se sont dit les vignerons de l'appellation listrac-médoc, qui ont décidé, en cette année d'anniversaire, de mettre les petits plats dans les grands. Pour la circonstance, ils ont décidé de s'allier avec un autre quinquagénaire célèbre de la gastronomie française, l'A.O.C. volaille de Bresse. Après plusieurs manifestations communes, passées ou à venir (conférence de presse au Sénat, repas de présentation des vins de Listrac à Mégève, participation d'une équipe de coureurs bressans au marathon du Médoc 2007), le véritable repas de noces, apogée de l'alliance, se tiendra samedi 2 juin en soirée, dans les chais de château Clarke, propriété de Benjamin de Rothschild. C'est Thierry Marx en personne qui signera le menu, où l'on se régalera de volaille de Bresse, tout en dégustant quelques vieux millésimes de Listrac.
> On mesure le chemin parcouru depuis que quelques téméraires avaient souhaité, en juin 1957, quittales rangs de l'appellation haut-médoc pour créer leur propre A.O.C. communale, estimant qu'il y avait pour cela suffisamment de typicité dans les vins de la commune. L'importance et le poids de la cave coopérative, fondée, elle, en 1935, jouèrent également un rôle déterminant dans cette naissance. C'est d'ailleurs un coopérateur, Joseph Mazeau, qui en fut le premier président. Cinquante ans plus tard, son successeur, Bernard Lartigue, règne sur environ 700 hectares de vignes et une petite trentaine de propriétés, dont plus de la moitié figuraient au classement de 2003 des crus bourgeois. Quelques noms illustres du vignoble médocain s'y sont implantés, comme Edmond de Rothschild, qui reprit Clarke en 1973, la famille Pagès, autour de Fourcas-Dupré et Fourcas-Hosten (ce dernier étant aujourd'hui contrôlé par des membres de la famille Hermès) ou encore Yves Raymond, qui fut président du Conseil des vins du Médoc de 2000 à 2006. Ces cinquante années ont permis aux vins de Listrac d'évoluer. Longtemps réputés « puissants et élégants » - en français, imbuvables dans leur prime jeunesse en raison de leur dureté conférée par des sols argilo-calcaires peu adaptés au cabernet, mais remarquables quand on savait les laisser vieillir -, ils bénéficient aujourd'hui du travail qualitatif entrepris depuis deux décennies dans l'ensemble du vignoble médocain. A Listrac, on sait vendanger en vert, pratiquer la lutte raisonnée, travailler de faibles rendements, assouplir les vins trop durs. > Reste ce déficit de notoriété, qui tracasse toujours Bernard Lartigue, un homme pour qui la communication est largement aussi importante que le savoir-faire. Pendant longtemps, c'est vrai, la réputation de Listrac s'est articulée autour d'un seul produit placé dans un contexte unique, le Grand Listrac, vin phare de la coopérative, qui a trôné pendant des lustres comme vin de référence sur les tables des wagons-restaurants de la S.N.C.F. Dès les années 80, le T.G.V. et les plateaux-repas des wagons-bars ont totalement modifié la donne. Et si les plus anciens parlent encore avec nostalgie de cette époque, les plus jeunes sont forcés de constater que dans un contexte concurrentiel très vif, la notoriété de l'appellation est insuffisante pour pénétrer les marchés. D'où le discours omniprésent, quasi obsessionnel, de Bernard Lartigue en matière de communication, qu'il admet avoir du mal à faire passer parfois, car c'est un travail de très long terme, dont les effets ne se mesurent jamais immédiatement. « On est dans une société hyper spécialisée, dit-il. On admet d'investir dans la production, les cuves, les barriques, le matériel, les produits, parce que le retour est immédiat. On consent à faire appel à un expert-comptable, parce que c'est compliqué. On a compris que vendre, c'était aussi un métier. Mais investir dans la communication, beaucoup n'en voient toujours pas l'utilité. » A cela s'ajoute une évolution du marché que l'appellation n'est pas seule à prendre en compte. On n'aime plus aujourd'hui les mêmes vins qu'avant, surtout chez un public plus jeune. « On sait, poursuit le président, que 70 % des vins sont achetés en grande distribution et par des femmes. A nous de nous adapter à cette nouvelle donne. » Autrement dit, maintenant que les efforts qualitatifs ont été faits, et bien faits, il faut travailler sur le look, le packaging, le design de l'étiquette et de la bouteille. > Un vaste chantier, parmi d'autres, sur lequel devra plancher le successeur de Bernard Lartigue. Car celui-ci a prévenu ses collègues depuis déjà deux ans. Il souhaite passer la main après l'assemblée générale 2007, qui aura lieu le 30 juin prochain. Le problème, c'est qu'on ne se bouscule pas à l'entrée du chai pour prendre le témoin. Plusieurs pressentis, comme Yann Buchwalter (Clarke), Patrice Pagès (Fourcas-Dupré) ou Marie-Hélène Chanfreau (Fonréaud) ont décliné l'offre, par manque de temps à consacrer à la fonction. D'autres avancent le même argument. Face à cette débâcle, Bernard Lartigue, du bout des lèvres, consent à dire qu'éventuellement, « une année de plus en pilotage à deux, avec un successeur désigné en assemblée générale, à l'extrême rigueur… ». Mais on sent bien que la perspective ne l'enchante guère. Pas de quoi, tout de même, jeter le trouble la fête des cinquante ans, dont on est certain, à Listrac, qu'elle sera réussie. Lu 1416 fois
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