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Seule mais pas solitaireReine des nuits de Palamós, ancienne nageuse entraînée par Jean Boiteux, Marie-Christine Carbo reçoit « Les célibataires du Médoc » dans sa grange rénovée de Talais.
Ils s'appellent Fax, Joy, Roxane et Ronaldo (les enfants de Joy), Charlotte, le bichon mignon, Billy le caniche ramasse-poussière, et Gipsy un pékinois coupé quelque chose. « Je vis pour eux » dit sans rire Marie-Christine, 52 ans, avec cette voix cassée de ceux qui ont beaucoup fumé, longtemps dormi le jour et vécu la nuit. C'est pour ses sept chiens qu'elle est venue, voici un an, se perdre dans ce coin des mattes de Talais. Incognito. Elle devine les mauvaises langues qui s'interrogent sur la vie que peut mener cette célibataire, seule avec ses chiens dans une grange rénovée. « Je m'en fous » conclut cette femme athlétique à la peau tannée par des années de soleil intensif. Depuis quelques semaines, elle est sortie de son anonymat pour annoncer dans la presse la création de son association, « Les célibataires du Médoc ». Ne pas imaginer un club pour morfales en mal de sexe. Plutôt une soirée conviviale pour célibataires ; la première s'est déroulée le 22 octobre 2005. Une dizaine de personnes âgées de 40 à un peu plus de 60 ans, la plupart divorcés, sont fidèles à cette soirée. Pour les nouveaux, le rendez-vous est donné chaque samedi à 20 h 30 devant l'église de Talais.
Arrivé chez Marie-Christine, dans cette maison aux larges baies vitrées, on se présente au micro, on organise des jeux (« La tête et les jambes », « Le mailon faible », etc.), on danse, on apprend à se connaître, et plus si affinités. Tarif de cette soirée bon enfant : dix euros, gâteaux maison compris. Marie-Christine, elle, tient son rôle de maîtresse de cérémonie, mettant à profit cette propension à « recevoir du monde », créer du lien, apporter de la chaleur humaine. Pendant des années, elle a fait de la convivialité son métier, en Espagne, précisément à Palamós. Son restaurant de cuisine française s'appelait « El viejo verde » (le vert galant). Elle avoue qu'elle excellait surtout à la nuit tombée, autour du bar. L'atavisme est évident : ses parents, le couple Lagrée, ont tenu pendant des années le restaurant « Chez Lucette », rue du Tondu à Bordeaux. « Une institution », assure Marie-Christine qui a toujours connu une maison pleine, cette ambiance de coup de feu permanent. > Des parents à la fois proches et lointains lui laissent l'espace disponible pour se forger un caractère de jeune fille indépendante au caractère bien trempé, avec une tendance à la désobéissance et un sérieux esprit de contradiction. De 9 à 16 ans, elle flambe son énergie dans la piscine du club de natation des Girondins de Bordeaux sous les ordres d'un prestigieux et exigeant entraîneur : Jean Boiteux. Un nageur au palmarès impressionnant (champion olympique à l'âge de 19 ans) qui finira par décourager Marie-Christine à force de l'aligner sur toutes les compétitions. « J'étais sa meilleure nageuse ; j'avais mon nom tous les lundis dans le journal, se souvient-elle. Mais il m'épuisait. » Le dimanche, pour les autres c'était relâche. Pour elle, non. On la traînait jusqu'à la piscine de Libourne. « Ma mère donnait raison à Boiteux… comme aux profs. » Sa vie, c'était « compète tous les week-ends ». « Je n'avais pas de copines à l'école ; je n'avais que des copines de natation. » Avant de finir sa carrière sur une vilaine péritonite, elle fut championne minimes de Guyenne dans la terrible épreuve du 200 mètres quatre nages. Elle rêvait d'études de vétérinaire. Sa vie sera nettement moins conventionnelle. Même si elle débute par un mariage avec Sebastià Carbo, un Catalan aujourd'hui décédé, en l'église de Saint-Jean-d'Illac… dont elle est la marraine des cloches. « Croyante ? Oui. » La bague au doigt, c'était en 1978, deux ans avant qu'elle n'ait repris sa liberté – tout en gardant le nom de Carbo - et monté son restaurant de Palamós. C'est là, dans cette station de la Costa Brava aux plages de sable fin, connue pour ses « chirin-guitos » (bars de plage) qu'elle a d'abord mené une vie à la fois noctambule et sportive. On l'appelait « Quiqui ». Les boîtes de nuit lui laissaient une place de choix sur les parkings ; les patrons savaient qu'elle amenait derrière du monde et de la bonne humeur. Alors monitrice au club de voile, elle se souvient de cette nuit de janvier 1975 passée sur un Windsurf tandem, coincée, faute de vent, en pleine mer avec son compagnon d'infortune. Elle passe très vite sur son retour en France, son brevet d'Etat de natation, ses postes de MNS (maître nageur sauveteur), l'ouverture à Bordeaux d'une salle de gym, musculation et natation… La voilà à Talais, professeur de gym à Saint-Vivien-de-Médoc, après avoir habité Lacanau-océan et Jau-Dignac et Loirac. Peu lui importe le lieu pourvu qu'il y ait l'espace nécessaire pour elle, la célibataire dans l'âme, et sa tribu canine. Tél. Marie-Christine Carbo : 06 62 59 31 97. Lu 1919 fois
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