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Sur les traces du cochon médocainRégulièrement, des battues sont organisées en Médoc pour lutter contre la prolifération des sangliers, source de dégâts et d'accidents de la route potentiels. Le JdM a suivi l'une de ces battues, la semaine dernière, à Lacanau.
Jeudi 16 novembre. Le jour se lève à peine. Le temps porte ses couleurs d'automne. Bruine et pluie se sont invitées au rendez-vous de l'A.C.C.A. de Lacanau. Le programme, lui aussi, est de saison. Le cochon – autrement dit le sanglier – sera l'objet de la battue. Pas tant, ce jour-là, pour une chasse entre copains, mais par mesure d'utilité publique. Dans les forêts alentour, les sangliers pullulent. On les voit fréquemment au bord des chemins et des routes. Quand leur vient la mauvaise idée de traverser brusquement, juste dans le faisceau des phares d'une automobile, le choc est bien souvent inévitable. Et s'il est fatal à l'animal, il laisse aussi des traces sur les véhicules et, parfois, hélas, leurs conducteurs ou passagers (voir encadré).
D'où l'utilité des battues régulières, pour tenter de limiter les risques en matière de circulation. Mais la bête, qui vit en harde ou solitaire, selon les cas, est intelligente et endurant. C'est pourquoi les consignes des gardes, qui encadrent la centaine de chasseurs présents, ne sont jamais inutiles. > La journée commence devant la salle des fêtes de Lacanau-ville. On vérifie les permis. Claude Lavigne, le garde particulier, rappelle les règles sur la répartition des lignes de tir et assène les conseils de sécurité. Fusil ou carabine (avec des balles de 9,3 x 74 pesant 18 grammes pour les spécialistes), tenus ouverts ou dirigés vers le sol, ne jamais tirer dans la traque, ne jamais tirer sans avoir formellement identifié l'animal, déterminer sa zone de tir sécurisée, ne tirer qu'en tir fichant, jamais à hauteur d'homme, ne jamais quitter son poste avant la fin de la traque, même pour achever un animal blessé, décharger impérativement son arme au signal de fin de traque, rester dans sa ligne de chasse et enfin, porter un gilet ou une marque fluo. Les équipes, sous la responsabilité de gardes, partent se placer aux endroits stratégiques d'un terrain de plus de 150 hectares, choisi spécialement pour cette battue. A 9 heures, tout le monde est prêt, après un ultime rappel des consignes. « D'ailleurs, insiste Claude Lavigne, un garde ne doit pas hésiter à mettre hors battue un chasseur qui ne respecterait pas les consignes de sécurité. » Comme il se doit, la route qui rejoint l'océan en longeant le terrain de la battue est fermée. Les gendarmes, d'ailleurs, sont là, avec six hommes aidés par quatre policiers municipaux. La route est déviée par Carcans pour les automobiles et par l'Esquirot pour les cyclistes. C'est la D.D.E de Castelnau, sous la responsabilité de Didier Delair, qui a fourni la signalisation. > A l'heure dite, vingt-trois chiens s'élancent. Griffons, beagles ou autres, ils composent les trois équipages de Fernando Alves, Joël Bellocq et Michel Descarrieres. Ce sont eux, désormais, les principaux acteurs, bruyants et actifs, de cette traque. Les chasseurs attendent, toujours en alerte, sur leurs postes de tir. Durant trois heures, les chiens, menés par le piqueux Jean-Pierre Dauba, directeur de la chasse, et accompagnés de leurs propriétaires, hument l'air dans les « coulées », passages habituels des sangliers repérés la veille par les gardes. Il faut répéter à maintes reprises ces passages avant que le cochon daigne enfin montrer le bout de son groin. Mais, on l'a dit, l'animal est rusé. Il reste à couvert. Maintes fois, les cochons sont à 10 mètres de nous, sur la ligne de tir, mais ils ne sortent pas. On les entend casser du bois, on ne les voit pas. Quand les chiens « cognent » en se rapprochant du sanglier, souvent, la bête choisit de partir dans une autre direction. Au bout d'une heure de poursuite, un premier gros mâle d'au moins 90 kilos apparaît dans une ligne de tir. Une balle fait mouche, l'emmenant vers son destin de gibier. Le dernier se fera prendre deux minutes avant la fin de la battue. C'est un jeune chasseur de 24 ans, Alexandre Moity, qui décroche ce trophée. Il en est à son neuvième cochon de la saison, dont un de près de 100 kilos, abattu dans les forêts de Sainte-Hélène. Au total, quatre sangliers, trois mâles et une femelle, font les frais de la battue. « Un tir à 100 %, précise André Vautrin, président de l'A.C.C.A. de Lacanau. Pas une balle de trop. » > Pour les chasseurs, le sanglier est un animal noble, qui inspire le respect. Sa traque est souvent passionnante. Jean-Roger Dubernet, qui suit les coulées, raconte qu'ils « viennent se restaurer la nuit sur les terrains tout près des maisons ou dans les maïs dont ils sont friands, ils viennent boire régulièrement l'eau du lac ». On les voit traverser les routes à la queue leu leu, sans que rien ne les dérange. Ils transforment en « champs de patates » quasiment tous les golfs, labourent les gazons des propriétés, sans jamais être inquiétés. Mais au petit matin, et si possible avant la battue, ils rentrent tranquillement vers la réserve du Cousseau. Ils peuvent se montrer très amicaux et on les a déjà vus approcher le pain tendu par les mains de touristes un peu naïfs. Mais il ne faut pas s'y tromper ! Une laie en compagnie des ses marcassins peut devenir extrêmement dangereuse si elle se sent en danger. Elle chargera sans hésiter. Lu 4272 fois
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Le Journal du Médoc - 2007
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