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Terminal méthanier : 4Gas est presséPremiers enseignements à l’issue de la réunion d’information portant sur le projet de terminal méthanier au Verdon-sur-mer : l’investisseur 4Gas veut aller vite et les Médocains craignent de ne pas avoir le temps d’être consultés.
Certains l’ont remarqué : Henk Jonkman ne parlait pas au conditionnel, mais au futur dans sa présentation du projet Pegaz portant sur la création d’un terminal méthanier au Verdon-sur-mer. Ce soir-là , dans une salle Lothécia (Le Verdon) pleine comme un oeuf, le directeur général de 4Gas France est apparu serein pour cette première réunion d’information. La société néerlandaise ancrée à Rotterdam a signé avec le Port autonome de Bordeaux (P.A.B.) une convention de réservation d’un terrain de 19,5 hectares situé sur l’ancien terminal pétrolier du Verdon. Une emprise au sol qui, pour ceux qui connaissent la zone, s’étire jusqu’à la gare à terre mais n’englobe pas le château d’eau. Si le dossier présenté à la Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (D.R.I.R.E.) comporte un maximum de cinq cuves de stockage, deux ou trois cuves seront plus vraisemblablement construites et exploitées dans un premier temps.
> On comprend bien que le site du Verdon s’inscrit dans une stratégie énergétique internationale. Le député du Médoc Jean-François Régère s’est fait « l’avocat du diable » pour dire que le projet privé de 4Gas n’était pas d’intérêt national, que les besoins en gaz de la France sont pourvus. Sauf que Henk Jonkman, avec son calme nordique, lui a rappelé la crise de 2006 où le géant russe Gazprom a fait comprendre qu’il pouvait très bien fermer les robinets d’approvisionnement en gaz vers l’Europe – ce qu’il a fait pour l’Ukraine - et se tourner vers d’autres clients (Asie, Etats-Unis). Autant dire que la création de terminaux méthaniers sur la façade atlantique française s’inscrit dans un enjeu de diversification des sources d’approvisionnement en gaz et donc dans une stratégie d’indépendance énergétique*. D’où une croissance sensible des importations de GNL (gaz naturel liquéfié) en provenance d’Algérie, d’Egypte et du Nigéria. 4Gas développe des projets identiques à celui du Verdon en d’autres points du globe, comme au Pays de Galle ou au Canada, toujours selon le principe de louer ses installations de stockage à des opérateurs. Au Verdon, ce pourrait être, par exemple, Gaz de France, et pourquoi pas le groupe franco-espagnol Snet-Endesa, producteur d’électricité. Ce dernier a lui aussi passé une convention de réservation d’un terrain avec le P.A.B. à l’arrière du terminal à conteneurs du Verdon, en vue de la création d’un terminal méthanier. Mais la logique voudrait, plutôt que d’investir dans de si lourdes installations, qu’il loue une ou deux cuves à 4Gas de manière à alimenter en gaz une centrale thermique en projet près de Lacq. Difficile toutefois de prédire l’avenir, tant que ne sont pas achevées les négociations de rachat d’Endesa par le numéro un allemand de l’énergie, EON. > L’un des hommes clés de la stratégie d’implantation de 4Gas en Gironde est Philippe Prat. Après avoir passé plus de 28 ans à la direction commerciale du P.A.B. en charge du développement commercial - avec un intermède à l’agence de développement économique de Bordeaux-Gironde -, il est devenu directeur du bureau de 4Gas à Bordeaux, place de la Bourse. Il rappelle que selon le nombre de cuves du terminal (voir encadré), « le trafic sera de 4 à 6 millions de tonnes ». Une manne inespérée pour l’avant-port somnolent du Verdon. Quant au mécontentement manifesté par les gestionnaires de Port-Médoc, inquiets de voir leur « port vert » à vocation touristique côtoyer une infrastructure industrielle, Philippe Prat rappelle que Guintoli Marine savait en s’engageant dans la construction du port de plaisance que l’ancien terminal pétrolier faisait déjà l’objet, depuis 1999, d'études et de pourparlers entre le port et le groupe Elf au sujet de la création d’un terminal méthanier. Projet tombé aux oubliettes lors de l’absorption de Elf par le groupe Total. Lors de la réunion publique du Verdon, Philippe Deiss, le directeur du P.A.B., a bien passé le message : que le port soit encore considéré comme « le méchant industriel », passe encore, mais qu’on ne lui reproche pas de proposer quelque chose pour Le Verdon. D’autant, assure-t-il, qu’il a refusé d’autres propositions comme une activité de désamiantage de navires. > On se doute que les études géologiques, sismologiques, de vents, etc. réalisées pour le projet Elf ont servi à 4Gas qui ambitionne de s’installer exactement sur le même terrain. Ce qui a accéléré le mouvement. Le calendrier avancé par les Néerlandais atteste d’une envie d’aller vite, très vite, peut-être trop dans un pays où ils réaliseraient leur premier chantier : soumission des études d’impact en avril 2007, premiers permis de construire et début de la construction en 2008, pour un démarrage de l’exploitation en 2011. Au risque d’inquiéter la population locale qui aimerait avoir le temps d’être informée et de donner son avis. La commission nationale du débat public (C.N.D.P.) devrait annoncer prochainement si un débat public doit être installé. Ce qui n’a pas été le cas pour la construction du terminal de Fos Cavaou. Alors, pourquoi au Verdon ? « Les dangers et les risques sont bien inférieurs aux exigences fixées par la législation », insiste Henk Jonkman. Qui s’est appliqué tout au long de la réunion de près de 3 heures à rassurer, expliquer qu’aucun incident mortel n’a été répertorié sur un terminal méthanier– certains dans la salle ont lu le contraire sur Internet -, que seules les « vapeurs de gaz liquéfié sont inflamma-bles », que les ouvriers employés pour la construction du terminal seront aux 35 heures, qu’ils auront donc le temps de faire venir leurs familles, que le commerce local n’aura pas à s’en plaindre, que dans d’autres pays la construction des terminaux méthaniers engendre un tourisme industriel, etc. Bernard Vinquoy, conseiller municipal du Verdon et membre de l’association « Une pointe pour tous » (voir encadré) ne l’entend pas de cette oreille. « Vous êtes en train de nous mettre une bombe à côté des maisons et de l’école. Je demande que soit fait appel, pour les études, à des spécialistes indépendants choisis par tous, pas la D.R.I.R.E ; la D.R.I.R.E., c’est l’Etat, elle n’est pas indépendante. » > Finalement, outre les questions de sécurisation des installations, une inquiétude prédomine à la pointe du Médoc : celle de devoir vivre avec un nouveau cycle industriel d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années – avec les contraintes et les avantages que cela suppose - puis de devoir apprendre à vivre sans quand ce cycle se refermera. C’est ce qui s’est produit après la fermeture des raffineries. Le District devenu communauté de communes, a alors investi en faveur du tourisme en misant sur les qualités naturelles d’une pointe médocaine entre océan et estuaire. Estimant que les opposants au terminal feraient bien de « savoir de quoi ils parlent avant de se prononcer », le maire de Vensac Jean-Luc Piquemal a fait dans la provoc : « Les 50 millions d’euros investis dans le tourisme, c’est peut-être aussi 50 millions de dettes. » L’air de dire le tourisme était peut-être un pis-aller, qu’il faut aussi laisser sa chance à ce projet de terminal qui aura, s’il aboutit, un impact économique sur le Médoc. Philippe Deiss a avancé le chiffre de 1.5 à 2 millions d’euros de taxe professionnelle unique (TPU) par an. Forcément, ça fait réfléchir. Arnaud Galis voit surtout l’argent qu’il a investi avec son associé pour ouvrir en février 2006 « Le bistrot du port » à Port-Médoc et craint que le voisinage d’un terminal méthanier ne fasse fuir sa clientèle et ne « mette un gros frein à la ZAC (zone d’activité concertée) » du Verdon. La clientèle potentielle des 600 ouvriers annoncés pour la construction du terminal ne le fait pas sauter au plafond ; il ne veut pas que son « bistrot sympa » devienne une « cafétéria ». Reste à savoir ce que pèseront ces intérêts locaux face aux intérêts colossaux de 4Gas, une filiale du fonds de pension américain Carlyle. « Nous ne voulons pas payer leurs retraites », s’enflamme Arnaud Galis. * Six projets à l’horizon 2008-2013 sont mentionnés par le ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie : Dunkerque (GDF), Antifer-Le Havre (Poweo-CIM), Montoir (extension), Fos-sur-mer Cavaou (GDF/Total) et Le Verdon (les projets 4 Gas et Snet-Endesa). Le projet Pegaz
Investissement
450 à 500 millions d’euros Réception du GNL 1 à 2 méthaniers (d’une capacité de 75.000 à 250.000 m3) par semaine qui resteraient accostés environ 24 heures. Un méthanier moyen embarque 138.000 m3 de GNL soit environ 60.000 tonnes. L’ancien appontement pétrolier sera rénové par le P.A.B. Il restera public et 4Gas financera les coûteuses canalisations cryogéniques par où le GNL sera débarqué des bateaux. Installations 5 réservoirs (maximum) de stockage de 165.000 m3 mesurant 80 m de diamètre et 47 m de haut où le GNL est stocké à – 160°C. Unités de regazéification qui font passer le GNL à l’état gazeux pour être expédié par gazoducs dans le réseau national de gaz naturel. 1 centrale électrique autonome Sécurité Installation classée Seveso « seuil haut »*. Le GNL est incolore, inodore, non toxique, non corrosif. Un mur en béton armé de 1 m d’épaisseur compose l’armure des cuves. La D.R.I.R.E. impose que chaque cuve doit être séparée de la moitié du diamètre d’une cuve, soit 40 m. Une torchère qui ne fonctionne qu’en cas de fuite de gaz non jugulée. Environnement L’eau pompée dans l’estuaire doit être rejetée avec une différence tolérée de 2°C par rapport à la température initiale. Le chantier 3 ans de travaux. Entre 500 et 600 personnes employées. Emplois 60 à 70 emplois pour une dizaine de postes en trois-huit, 24 heures sur 24. 250 emplois induits * Voir le site Internet www.centre.drire.gouv.fr/environnement/seveso2.htmb[ Lu 3502 fois
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