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Terminal pas terminéLa Commission particulière du débat public a remis son compte rendu du débat sur le projet de terminal méthanier au Verdon-sur-mer. Le feuilleton est loin d’être terminé.
On l’avait quitté fatigué, plutôt tendu, pas mécontent de voir la fin du tunnel. On l’a retrouvé souriant, à l’aise, pas mécontent cette fois de penser à sa retraite qu’il avait mise entre parenthèses quelques mois durant. Louis-Julien Sourd, président de la Commission particulière du débat public, entouré de ses collègues, retrouvait la presse pour la dernière fois avant de rendre son tablier, avec le sentiment du devoir accompli.
La commission avait jusqu’au 14 février pour rendre sa synthèse sur le dossier explosif - à tous les sens du terme - du terminal méthanier que la société néerlandaise 4Gas souhaiter implanter au Verdon-sur-mer, sur les terres du Port autonome de Bordeaux. Elle n’aura finalement pas attendu le jour de la Saint-Valentin, qui aurait sans doute paru déplacé pour un débat où l’on s’est davantage écharpé qu’embrassé… > « C’était un exercice difficile, admettra le président en préambule, dont je ne pensais pas qu’il nous mobiliserait autant. Nous nous sommes efforcés de laisser la parole à tout le monde, dans un climat et un calendrier qui sentaient mars 2008... Nous avons veillé, malgré les tensions palpables, à ce que les gens n’aillent pas jusqu’à l’affrontement. Certains spectateurs ont regretté que quelques soirées aient été très perturbées, au détriment du dialogue. Nous nous associons à cette déception, mais c’est ainsi et globalement, nous sommes satisfaits, car le débat a pu avoir lieu jusqu’au bout. » Le résultat de ces dix réunions publiques, qui ont rassemblé plus de 9.000 spectateurs, de ces 2.284 questions posées officiellement, de ces vingt-et-un « cahiers d’acteurs » déposés par des collectivités, organismes ou groupements professionnels, qui ont généré plus de cinq cents articles de presse, c’est un document de 64 pages qui, en aucun cas, ne donne de résultat, ne rend de décision. Ce n’est pas le rôle de la CPDP, qui s’est bornée à enregistrer les arguments et les questions des uns et des autres, pour les synthétiser dans ce document. Le document se divise en plusieurs chapitres, reprenant les divers événements qui se sont succédé. Le déroulement et l’organisation du débat, puis son contenu, avec des sous-chapitres consacrés à l’opportunité et à la finalité du projet, à ses incidences environnementales, aux risques qu’il présente, à ses enjeux économiques et sociaux. Il rappelle notamment, en ce qui concerne les acteurs locaux, comment se répartissent les « pour » (CCI, CESR, Gaz de Bordeaux, Agence de développement économique, PAB) et les « contre » (Conseil régional, CdC Pointe du Médoc, Pascale Got, l’ensemble des acteurs de la rive droite). > Mais ce sont les deux derniers chapitres qui feront le plus parler, car ils pointent du doigt les aspects les plus controversés. D’abord le chapitre des « questions sans réponses ». De l’incertitude sur l’identité de l’exploitant du terminal à la question du développement de la zone portuaire du Verdon, en passant par le gazoduc, thème seulement effleuré au cours des trois mois de débat, ils sont nombreux. Reste le sixième et dernier chapitre, celui des « enseignements du débat », dans lequel la CPDP tente quelques constats - rien que des constats - que ne manqueront pas d’interpréter chacun des deux camps, pour ou contre, comme étant une forme de prise de position. Ce qui marque d’ailleurs, soit dit en passant, les limites de l’exercice et la compréhension que peut en avoir le public. De ces « enseignements », les opposants en retiendront certainement deux. Tout d’abord que la CPDP a constaté « que l’acceptabilité sociale du terminal pose question ». En d’autres termes, que la pilule ne passe vraiment pas auprès d’une bonne partie de la population locale. Ensuite que les aspects économiques du projet apparaissent encore comme des « incertitudes », ce qui a amené divers participants à proposer « la poursuite de la concertation. » « On a bien senti sur le terrain, confesse Louis-Julien Sourd, que l’opposition ne faiblissait pas, mais on a aussi reçu par courrier ou mail des réflexions plus conciliantes, qui avaient sans doute du mal à s’exprimer publiquement du fait de la tension de certaines réunions et qui, au bout du compte, tempèrent l’impression géné-rale. » Du côté des partisans du terminal, on se raccrochera sans doute à cette réflexion selon laquelle des cuves plus éloignées des premières habitations du village, voire semi enterrées, « constitueraient une variante rassurante ». > Et maintenant ? Le débat aura une suite, qu’a détaillée Corinne Biès, l’une des membres de la commission. Le maître d’ouvrage a désormais trois mois pour prendre une décision motivée, qui se résumera pour lui à trois possibilités : abandonner son projet, le poursuivre en l’état, le poursuite avec un certain nombre de retouches. S’il y a poursuivre, l’opérateur présumé du gazoduc, TIGF, devra à son tour se positionner par rapport à un débat public, en fonction du montant de l’investissement prévu. Puis le maître d’ouvrage pourra demander les diverses autorisations d’exploitation, qui nécessiteront de fournir des études d’impact, des études de danger et des études environnementales poussées. Une commission d’enquête préfectorale sera alors nommée. C’est elle qui conduira l’enquête publique, à l’issue de laquelle l’inspection des installations classées de la DRIRE (Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement) produira un avis. La signature finale - accord ou refus - revenant au préfet de Gironde, qui aura préalablement consulté son collègue de Charente-Maritime. « En tout état de cause, insiste Corinne Biès, on n’a jamais vu un dossier de cette envergure aboutir moins d’un an après la clôture du débat public ». > D’autant qu’un autre élément est à prendre en compte. La Commission nationale du débat public, qui doit publier le bilan définitif des trois débats publics organisés en même temps sur trois projets de terminaux méthaniers (Le Havre, Dunkerque, Le Verdon-sur-mer), est sans président depuis plusieurs semaines. Le prochain doit être nommé, comme le veut la loi, par le Président de la République, en conseil des ministres. Mercredi 13 février, aucun nom n’était sorti du chapeau élyséen. Or, 4Gas ne peut rien annoncer tant que la CNDP n’a pas de président. On imagine qu’une vacance trop longue du poste aurait alors bien d’autres conséquences. Site Internet : www.debat public-terminal-leverdon.org public-terminal-leverdon.org Les réactions
Henk Jonkman, directeur de 4Gas France : « Je veux d’abord souligner l’excellent travail, à nos yeux, de la commission. Nous allons maintenant étudier attentivement ce rapport, dont tous les termes sont importants, comme par exemple la notion d’acceptabilité sociale du projet. Il est clair que nous ne prendrons aucune décision avant les élections municipales. Nous voulons poursuivre le dialogue avec tout le monde, en petit comité s’il le faut, pour entendre à nouveau les arguments contre. Car certains ne nous semblent pas reposer sur des éléments rationnels. Nous n’avons de toute façon aucunement l’intention de précipiter les choses. »
Philippe Lucet, secrétaire du collectif « Une Pointe pour Tous, Union des deux rives » : « Ma première impression, c’est que le rapport ressemble au débat. Il est flou, indigent, il manque d’esprit de synthèse, il est très incomplet, reconnaissant même que les experts n’ont rien apporté, dans la mesure où les études préalables étaient insuffisantes pour nourrir un vrai débat. Et surtout, il refuse de mettre clairement en avant cette évidence qu’il existe un rejet massif du projet, des deux côtés de l’estuaire. Si vous comparez ce rapport avec ceux des débats d’Antifer et de Dunkerque, vous verrez la différence de qualité… De toute façon, notre mobilisation continue. Notre prochain objectif est de rencontrer Dominique Bussereau, en tant que secrétaire d’Etat aux Transports, chargé des ports, pour que l’Etat se prononce sans ambiguïté sur ce dossier. Lu 1860 fois
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