Très chères vacances

Au-delà de l’impression d’une fréquentation touristique en demi-teinte, c’est une réalité sans doute plus complexe que vit le Médoc. Mais une chose est sûre, le pouvoir d’achat en berne des Français modifie de nombreux comportements.



Très chères vacances
C’est la grande question de la saison : le touriste est-il devenu brusquement im-pécunieux ?
Il y a les chiffres, clairs, mais sujets à interprétation et puis, en face, le vécu des professionnels du secteur touristique, hôteliers, restaurateurs, gestionnaires de campings. Dans une atmosphère générale proche du catastrophisme, le Médoc semble vivre une saison mitigée, mais très éloignée des chutes abyssales de chiffres d’affaires évoquées ça et là. A la charnière des deux mois de haute saison, la situation tient à la fois de l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide et du principe des vases communiquants.
Pour tenter d’appréhender de la manière la plus précise possible les réalités de l’activité touristique, il est nécessaire de dissocier taux de fréquentation et volume des dépenses effectuées par les touristes.

> Première constatation, la saison a eu du mal à commencer. Le 14 juillet, sans pont cette année, n’a pas véritablement lancé l’activité comme il est de coutume. Ensuite, la clientèle française s’est faite moins nombreuse sur les trois premières semaines de juillet (- 20% à Soulac par exemple), alors que les Hollandais, Allemands, Espagnols, Anglais et Scandinaves étaient en Médoc globalement plus nombreux que les années précédentes. Les réservations enregistrées pour les trois premières semaines d’août sont satisfaisantes et les professionnels font montre d’un optimisme réel.
Les touristes sont là, au moins aussi nombreux en Médoc que l’an passé. L’évolution de la fréquentation ne semble pas devoir évoluer de manière significative. En revanche, les comportements changent. Et la coupable est toute désignée : la baisse du pouvoir d’achat. Elle se ressent dans tous les secteurs. Frédéric Quillet, qui gère avec son père, Gérard, le camping des Familles, à Grayan-et-l’Hôpital, constate : « La fréquentation est bonne, nous sommes contents de l’activité en juillet et le mois d’août sera bon également, mais nous voyons bien que les gens ont moins d’argent, que la vie est plus difficile et nous avons vu disparaître une frange de clientèle très modeste qui, à l’évidence, ne peut plus partir en vacances ».
Au camping des Familles, les Hollandais sont nombreux et appréciés. Ils aiment le Médoc où ils arrivent décontractés, heureux d’être là. La durée des séjours n’y est jamais inférieure à une semaine et la clientèle familiale y est fidèle. Dès septembre arriveront par Internet les demandes de réservation d’emplacement et d’un mobil-home pour 2009. Internet, le mot est magique et la chose plus encore. Frédéric Quillet passe deux ou trois heures par matinée à répondre aux mails qu’il reçoit via le site web de l’établissement. 90% des réservations et des courriers échangés avec les clients passent par là. Outil de prospection sans frontières, il contribue à drainer vers le Médoc beaucoup de touristes européens.

> Par ailleurs, le camping a toujours été un lieu de mixité sociale. Dans le Médoc comme ailleurs, les cadres moyens ou supérieurs se fondent parmi une population d’origine sociale plus modeste. Le phénomène est historique, même si certains croient y voir une nouveauté. En outre, le caravaning reprend du poil de la bête. Les caravanes neuves sont plus nombreuses que par le passé au camping des Familles, alors que la vente des camping-cars, dévoreurs de carburant, s’effondre.
En Médoc comme partout ailleurs, les changements significatifs concernent donc moins le type d’hébergement que le comportement en matière de consommation durant le séjour. Premiers visés, les cafés et restaurants (voir les témoignages recueillis à Lacanau). La variable d’ajustement, comme disent les économistes, est, à l’évidence, le budget « nourriture ». Les vacanciers délaissent les marchés et les commerces de proximité au profit des grandes surfaces. En Médoc, l’été est toujours une période de chiffres d’affaires élevés en super et hypermarchés. On pouvait supposer qu’à population touristique égale ou à peu près, la marge de progression serait faible. Surprise, certaines semaines, le chiffre d’affaires de la grande distribution progresse de 15% par rapport à l’an passé. Toutes les enseignes sont concernées, y compris, bien sûr, les hard discounters. Des magasins sont même contraints de réguler l’entrée des clients à certains moments de la journée pour des raisons de sécurité.

> Les restaurateurs et cafetiers, eux, souffrent. Mais lorsqu’on interroge les professionnels, on voit se dessiner une fracture qui va s’élargissant entre ceux qui sont ouverts toute l’année, ou presque, et les « saisonniers » qui exploitent de fin juin à fin août. Deux logiques économiques s’affrontent. Les premiers se font imaginatifs, tentent de s’adapter aux nouveaux comportements des consommateurs en élargissant leur offre. Les seconds semblent devoir rester dans une logique simple : faire, en deux mois, le revenu de six ou huit mois. Devant le « braquage en douceur » que constituent le melon à 4,30 €, le petit noir à 2,70 € ou encore la crêpe au sucre à 4 €, le client préfère s’abstenir et on peut le comprendre. Le bilan que dresseront les professionnels à la fin de la saison risque de provoquer quelques échanges animés entre gens de métier.
Pour autant, les touristes ne renoncent pas à tous les petits plaisirs. Au camping, on se rassemble toujours volontiers pour les apéros traditionnels, les snacks à tarif raisonnable tournent à plein. Selon Dominique Roy, directeur de l’office de tourisme de Lacanau, il semble que la ligne infranchissable pour ceux qui décident de s’offrir une soirée au restaurant se situe entre 20 et 25 € par personne, vin et café compris. C’est ainsi que le dîner-spectacle de fin juillet à Lacanau-océan, qui rassemblait 90 à 100 convives chaque année, a dû être annulé cette année, faute de réservations en nombre suffisant. Le tarif était fixé à 35 € par personne. En revanche, les activités de sortie en forêt en calèche connaissent un succès qui ne se dément pas. Elles se déroulent de 19 h 30 à 22 h 30 avec dégustation de foie gras, un verre de Sauternes et un cannelé, le tout pour 25 € par personne et 12,50 € pour les enfants.

> Au sommet de la hiérarchie des établissements hôteliers, les châteaux-hôtels du vignoble semblent échapper à la crise. Au château Cordeillan-Bages, à Pauillac, par exemple, l’activité est excellente et conforme aux attentes. Seuls quelques clients américains manquent à l’appel pour cause d’euro trop cher.
Les chiffres diront en fin de saison combien les touristes ont dépensé et comment. Ils feront apparaître la disparition d’une totale insouciance liée aux vacances, qui faisait s’ouvrir le porte-monnaie de façon parfois inconsidérée. Les professionnels doivent désormais en tenir compte.
Et puis, le petit plus, celui que les commerçants, cafetiers et hôteliers peuvent offrir sans rogner le moins du monde sur leur marge, ce qui convainc souvent le client de revenir, cela porte un joli nom : le sourire. Il va bien à la richesse des paysages médocains. Même si tous ne semblent pas en être convaincus.

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