Le journal du Médoc
Samedi 19 Juillet 2008
21:17

Une association avec vue sur le littoral

L'assemblée générale de l'association canaulaise Vive la forêt (VLF) a permis d'entendre les maires des communes littorales sur les sujets sensibles que sont, entre autres, le respect du code l'urbanisme et de la loi littoral.



Une association avec vue sur le littoral
Pour mesurer le sérieux et l'expertise que l'on reconnaît aujourd'hui à Vive la forêt (VLF), il suffit de constater que les maires des communes littorales invités ont tous fait le déplacement, qui plus est un dimanche matin (le 14 novembre dernier), pour assister à l'assemblée général annuelle de l'association versée dans la défense de l'environnement. Par la force des choses, son action porte très souvent sur le respect des règles d'urbanisme et de la loi littoral. Tous les maires étaient donc présents… à l'exception du sénateur-maire de Soulac-sur-mer Xavier Pintat dont l'équipe municipale n'était pas représentée ce jour-là. Dommage, lorsque l'on sait que le bilan des activités de VLF met en exergue des inquiétudes « quant à l'accélération du déboisement anarchique de cette commune ». De surcroît, d'après l'association, la réalisation de la résidence Pierre et Vacances ne serait pas conforme au projet tel que présenté suite au permis de construire modificatif. Une affaire à suivre.

> Dominique Gisson, présidente pugnace de VLF, n'était pas peu fière d'ouvrir la séance devant un parterre de 120 personnes. Elle a d'abord rappelé l'un des principes fondamentaux de l'association : « Combattre les projets, pas combattre les hommes.» Allusion à certaines passes d'armes avec des élus qui considéraient avant tout les « VLFiens » comme des empêcheurs de construire, des jusqu'au-boutistes, des extrémistes du code de l'urbanisme qui s'acharnent contre les maires. Certains n'en pensent peut-être pas moins aujourd'hui encore, mais VLF a acquis une respectabilité qui en fait un interlocuteur parfois incontournable sur la presqu'île. Le maire de Hourtin, Jean-Jacques Clavet, ne s'y pas trompé. Lui qui a organisé une visite de l'ex-CFM (Centre de formation de la marine), en compagnie de représentants de l'association auxquels ont été remis les trois projets de reconversion encore en lice à ce jour.
Adopté à l'unanimité, le compte rendu de la précédente assemblée générale a permis à Dominique Gisson de procéder à un large tour d'horizon des « actions en cours » et des décisions prises par l'association*.
Unanimité également pour le bilan financier du trésorier Robert Gaitte, qui dans un style bref et concis, a annoncé des recettes à hauteur de 14.823 euros, pour des dépenses à concurrence de 12.318 euros. Les principales dépenses étant - sans surprise, compte tenu des nombreux recours entrepris - absorbés par les frais d'avocat (4.265 euros), mais aussi les publications (1.740 euros). Au final, le solde de l'exercice est positif de plus de 2.500 euros, portant à 19.238 euros les avoirs de l'association, sans subventions.
Après avoir fait procéder au renouvellement par élection du tiers sortant, Dominique Gisson a accueilli l'arrivée au comité d'administration de M. Pelletier, membre de l'association Vivre à Soulac. « Le recrutement et le renouvellement des membres restent difficiles, a-t-elle reconnu. Et il est intéressant d'avoir des représentants locaux de la pointe de Grave au Cap-Ferret. »

> Une partie importante du bilan moral a porté sur la commune de Lacanau. Arrivé le premier dans la salle, le maire de Lacanau Jean-Michel David a répondu à cette occasion aux questions des Canaulais. D'abord au sujet de la propreté du pourtour du lac (recrutement d'un cadre et d'emplois saisonniers), et plus brièvement sur l'avenir de l'ancien centre médico-scolaire (CMS) du Moutchic. Sur ce dossier sensible, VLF regrette le choix fait par la municipalité : celui d'un projet porté par le promoteur SOGEPI consistant en une résidence de tourisme de 80 logements couplé à un EHPAD d'une soixantaine de lits. Selon VLF, « ce projet ne respecte ni la loi littoral,
ni la loi paysage ». Ambiance, ambiance.
Jean-Michel David a également apporté davantage de précisions sur l'avenir de la Maison du canal, propriété du Conservatoire de littoral, pour qui « un projet initial pompeux » dans ses structures et dans son coût a été abandonné. Une piste en liaison avec la communauté de communes des Lacs Médocains pourrait faire l'objet d'un projet.
Avec l'arrivée des maires des autres communes littorales, Henri Sabarot pour Carcans, Alain Deyres pour Le Porge, Jean-Jacques Clavet pour Hourtin et Michel Sammarcelli pour Lège-Cap-Ferret, les dossiers particuliers ont été abandonnés au profit de réflexions plus générales.
Sur le sujet épineux des mobile-homes et de leurs implantations parfois anarchiques, tous les maires sont d'accord pour reconnaître qu'il faut appliquer le Plan d'occupation des sols, tout en prenant en considération le droit de toutes les couches sociales d'accéder au littoral.
Autre sujet phare : la loi littoral pour laquelle le gouvernement a récemment annoncé qu'il n'était pas question de la modifier alors que des rapports parlementaires « prêchent » pour son assouplissement. Si pour Jean-Jacques Clavet, « il y a un nouvel équilibre à trouver pour avancer raisonnablement », Henri Sabarot regrette un peu que les jurisprudences remettent en cause des chantiers à long terme. Jean Michel David a posé la question : « Quels moyens pour les élus ? Le PLU (Plan local d'urbanisme) n'est pas la loi littoral. Il faut d'avantage de lisibilité dans la jurisprudence contemporaine. Une modification de la loi ? Pourquoi pas. Faisons qu'elle corresponde à des besoins et non à des envies. » Avis partagé par Michel Sammarcelli. « Quand les POS sont en respect avec la loi, il n'y a aucun problème, a précisé Dominique Gisson. Il ne faut pas faire dire à la loi littoral ce qu'elle ne dit pas. »

> Une des poids lourds de cette matinée fut sans conteste le contournement autoroutier de Bordeaux, dont le projet a été avalisé par l'Etat alors que la procédure de concertation publique n'avait pas encore rendu ses conclusions. C'est le tracé ouest qui a été choisi.
Pour le maire de Lège, « si rien n'est fait, nous irons à l'asphyxie. Le contournement modifiera un certain nombre de choses, d'autant que décidé aujourd'hui, il ne sera réalisé que dans 15 ou 20 ans ». Propos que ne partage pas Henri Sabarot pour qui le contournement, par l'ouest comme par l'est d'ailleurs, ne saurait préserver les grands espaces. « Il risque d'y avoir une banalisation par un aménagement trop fort, qui peut faire perdre son attrait au Médoc, attrait qui sera la richesse des générations futures », a prédit le premier magistrat de Carcans sous une salve
d'applaudissements. Rappelant les encombrements réguliers de la rocade, Alain Deyres reconnaît qu'il y a la réflexion à mener, réflexion d'autant plus difficile que « chacun voudrait être le dernier à s'installer entre la ville et l'océan. » La conclusion est revenue à Jean-Jacques Clavet : « En tant qu'élu et Médocain, je pense qu'il faut nous laisser développer notre qualité de vie à notre vitesse ».

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