Le journal du Médoc
Samedi 19 Juillet 2008
21:27

Une copie à revoir

L'A.G.E. du syndicat médoc/haut-médoc n'a pas validé la transformation du syndicat en organisme de défense et de gestion (O.D.G.).



Une copie à revoir
Le sourire est là, mais on le sent un peu crispé. Vincent Fabre, au lendemain de l'assemblée générale extraordinaire du syndicat viticole médoc/haut-médoc qu'il préside, doit annoncer que la modification des statuts du syndicat, indispensable pour se transformer en organisme de défense et de gestion (O.D.G.), comme le veut le législateur, a été rejetée par les adhérents réunis mardi 5 février à la salle culturelle de Cissac-Médoc. Certes, les viticulteurs des deux A.O.C. ont dit oui à 70,51 % à cette transformation. Mais en assemblée générale extraordinaire, la majorité est fixée à 75 % des votants. Il a manqué 23 voix, sur un total de 509 votants (soit près de 70 % des membres du syndicat), pour que les nouveaux statuts soient adoptés.
Il faudra donc remettre le métier sur l'ouvrage et convaincre quelques réticents de voter oui. Pas avant la mi-mars, compte tenu des délais légaux de convocation d'une nouvelle A.G. extraordinaire. Et c'est ce qui inquiète Vincent Fabre et son directeur, Francis Etournaud. « Le temps presse, disent-ils, puisque tout doit être validé au 31 mai prochain, avec entrée en fonctionnement du principe de l'O.D.G. au 1er juillet. D'ici là, il y a encore énormément de travail à effectuer. »

> C'est que la modification des statuts, classique dans tout syndicat ou association, n'a rien, cette fois-ci, d'un toilettage de façade. Bien au contraire, c'est une mutation en profondeur. « Un changement d'ère, commente Vincent Fabre. La viticulture française, et pas seulement médocaine, va passer du 19ème au 21ème siècle. » Et comme tout changement profond, il suscite des réticences.
Le problème, c'est que personne n'a véritablement le choix. C'est la loi d'orientation agricole votée au Parlement en 2006 qui a déclenché tout le processus. « Elle-même dictée par l'arrêt programmé de la politique des subventions agricoles européennes en 2012 », précise Francis Etournaud. C'est toute l'agriculture française, y compris la filière viticole, qui est concernée. Le vin, lui aussi, comme la viande, le lait ou les céréales, va devoir afficher de nouveaux critères de qualité, de traçabilité, de sécurité. D'où la réforme complète des systèmes de contrôles de la filière, qui seront confiés à des organismes d'inspection indépendants.
La réforme est en marche depuis plus d'un an, à un rythme soutenu. On est censé aborder aujourd'hui la dernière ligne droite. Concrètement, cela signifie la mort des syndicats viticoles traditionnels, qui chapeautaient l'accord du fameux agrément d'A.O.C. à leurs membres, sur les lots des vins présentés chaque année, au cours de dégustations qui étaient parfois sujettes à caution.

> Ce système aura vécu dès l'entrée en vigueur des O.D.G., puisque les organismes d'inspection et de contrôle effectueront leur travail à tous les stades de la filière, jusqu'au plus près de la commercialisation du produit. « Le vin, souligne Vincent Fabre, n'a quasiment jamais posé de problème en termes de santé publique, comme ont pu le faire certaines filières alimentaires soumises à des risques bactériologiques ou viraux spécifiques. Mais à partir du moment où il devient finalement un produit alimentaire traité comme les autres, il est normal qu'il se soumette à ces contrôles. » Cette mutation sera d'ailleurs plus facile à faire au sein des A.O.C. médoc et haut-médoc que dans d'autres, dans la mesure où, depuis quatre ans déjà, le syndicat l'a largement anticipée en revoyant complètement sa procédure d'agrément, devenue très proche de ce qui sera imposé par le nouveau cahier des charges de l'O.D.G.
Pourquoi donc, dans ce cas, refuser la modification des statuts ? Essentiellement pour des questions de représentativité au sein des différents collèges et instances dirigeantes. Car l'O.D.G., à laquelle l'adhésion sera obligatoire, contrairement à ce qui passait jusqu'alors avec les syndicats viticoles, comptera pas moins de 1.000 membres, qui seront tous signataires des déclarations de récolte. Autrement dit les coopérateurs, pris individuellement, les propriétaires ou responsables de chais particuliers et les métayers.
Les petits coopérateurs contestent ainsi la pondération des droits de vote, qui accorde trois bulletins aux coopérateurs exploitant plus de 7 hectares de vignes, deux bulletins pour des surfaces comprises entre 3 et 7 hectares et un seul bulletin pour les métayers et les coopérateurs exploitant moins de 3 hectares.

> Côté chais particuliers, la grogne se porte sur le mode d'élection au sein des collèges qui composeront le futur conseil d'administration. Les statuts proposent une élection générale pour tout le monde. Les vignerons souhaiteraient n'élire que leurs propres représentants au sein de chaque collège. Ce qu'ils ont réclamé devant l'AG par un vote à main levée qui n'a pas été pris en compte. « Personnellement, je ne connais pas tous les coopérateurs. Je me sens donc incapable de voter pour leur collège. En revanche, je connais bien les viticulteurs indépendants et j'ai vraiment envie de voter pour ceux qui me semblent être les meilleurs d'entre eux », indique Rémi Fauchey, du château L'Inclassable, à Prignac-en-Médoc, qui a voté contre la réforme.
La porte reste toutefois ouverte à la négociation pour ajouter, dans les statuts, quelques lignes qui permettraient à tout le monde de garder la face, en votant un texte acceptable pour tout le monde. « J'ai confiance, on va y arriver, dit Vincent Fabre. De toute façon, nous n'avons pas le choix. Si au 1er juillet, nous n'avons pas pu lancer le train de l'O.D.G., alors c'est très simple, plus personne, en Médoc et Haut-Médoc, mais aussi à Listrac-Médoc qui nous rejoindra dans la structure, ne pourra revendiquer son A.O.C. puisque nous n'aurons pas mis en place le système d'inspection et de contrôle obligatoire pour valider la qualité et la conformité de nos vins. »
« Ce n'est pas un vote sanction, confirme Rémi Fauchey, qui se veut lui aussi optimiste. Mais il faut comprendre la réaction de tous les viticulteurs qui ont été traumatisés par le fiasco du classement des crus bourgeois, né du fait d'un texte mal ficelé au départ. Cette fois, nous voulons partir sur des bases solides pour construire la maison. Ça mérite bien qu'on passe un peu plus de temps à rediscuter avant de voter. »

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