L’estuaire est un monde à part. Comment en douter lorsque, en posant le pied sur l’île de Patiras pour une soirée d’été, le temps suspend sa course… Le 19 juillet, la cinquantaine de passagers qui ont embarqué à bord de « La Ginette », depuis Pauillac et Blaye, en ont fait l’enchanteresse expérience.
Pour ce troisième des six rendez-vous estivaux « Histoires d’îles », sous l’égide du Conseil général, départ en fin d’après-midi sous un soleil encore chaud, traversée sur les eaux limoneuses et, un quart d’heure plus tard, débarquement sur l’île la plus septentrionale de l’estuaire, face au port de Pauillac. Là , chacun se sent aussitôt chez lui, accueilli en toute simplicité par Philippe Lacourt, créateur et propriétaire de l’insolite refuge édifié au pied du phare, restauré par le Conservatoire du littoral.
Chacun part de-ci, de-là , à la découverte de cette alcôve verdoyante, chacun se l’approprie. On emprunte la promenade surplombant les roseaux pour contempler les eaux du fleuve, on admire les clichés d’oiseaux projetés dans la salle de ce refuge très contemporain, aux lignes sobres. On se faufile par l’escalier du phare, qui accueille l’exposition « Miroirs d’estuaire », et 122 marches plus haut, on embrasse l’estuaire de tous côtés, on assaille Philippe Lacourt de questions sur le paysage, on pourrait rester des heures à contempler la lumière changeante… Et puis, tandis que le soleil se couche, on se retrouve sous le grand abri couvert, à la lueur des bougies, on se régale des délicieux plats, simples et si bons, préparés par Catherine, sœur de Philippe et ancienne restauratrice, on déguste le vin ensoleillé toujours produit sur Patiras, à l’autre bout de l’île, on fait connaissance, on discute, on savoure le moment présent…
Quand vient l’heure des échanges, des regards croisés sur l’estuaire des artistes qui l’on découvert et des gens qui le vivent, c’est Philippe Lacourt qui souligne que l’estuaire, qui se présente ce soir sous son plus beau jour, est aussi un univers violent, qui prend aux hommes autant qu’il leur donne. Une respiration, six heures dans un sens, six heures dans l’autre. De sa verve savoureuse, l’ancien marin-pêcheur Christian Sanchez, accompagné de son épouse Carmen, rappelle aussi que sur Patiras, autrefois, le pain était aussi dur à manger qu’à gagner… Et si les artistes ont bien du mal à parler de leur propre travail, d’autres, comme David de Souza, propriétaire de « La Ginette », le font magnifiquement pour eux. Mais tous s’émeuvent de la fragilité de cet univers naturel et souhaitent que le regain d’intérêt pour l’estuaire et ses îles ne s’éteigne plus jamais.
Et lors du retour, dans l’obscurité de la cabine de « La Ginette », glissant sur les eaux baignées par la pleine lune, chacun rêve déjà … à son propre estuaire.
« Histoires d’île » à Patiras : 6 août, soirée Cinésite ; soirée autour d’Awada Kpé Kpé, spectacle chanté et dansé ; 31 août, spectacle de clôture du 19ème festival de théâtre de Blaye. Tarifs : de 30 à 40 €. Rens. à la Maison du tourisme et du vin de Pauillac.
Découverte des îles avec La Ginette : www.ginette-lagironde.fr