Ces châteaux-là ne se visitent pas, pour d'évidentes raisons de sécurité et d'hygiène. Mais sait-on jamais. Un jour, peut-être, les visiteurs feront-ils la queue au pied de ces édifices de béton. Le tourisme industriel a la cote, alors pourquoi pas les châteaux d'eau.
C'est un peu comme les enfants qui s'amusent à compter le nombre de voitures jaunes croisées sur la route des vacances, pour faire passer le temps. Le recensement et l'observation des châteaux d'eau peuvent très vite devenir une lubie.
> Chacun se différencie des autres par sa taille, ses lignes architecturales, ses matériaux (voir encadré). Au 19ème siècle, ils étaient considérés comme des symboles du progrès bénéfiques à l'ensemble de la société ; grâce à ces réserves d'eau potable, l'eau courante à domicile se généralise. Peu à peu au cours du 20ème siècle, les constructeurs remplacent la pierre et le fer par le béton armé. Après la Seconde Guerre mondiale, on économise en abandonnant toute idée de décoration sur ces châteaux qui, au regard des consommateurs peu reconnaissants, deviennent des bâtiments sans âme ni couleur. On les oublie, on les méprise même parfois. Tout en devenant de plus en plus imposants pour suivre l'accroissement de la population dans les années 60, ils se fondent dans le paysage industriel, au même titre que les lignes électriques aériennes.
> « Il est défendu d'entrer. » « Il n'y a rien là-dedans ». Les réponses ne se font pas attendre lorsqu'un hurluberlu se fend de quelques questions aux autochtones. Il y a pourtant tant à savoir. Rappeler d'abord que pour maintenir un débit d'eau correct 24 heures sur 24, les châteaux d'eau sont situés de préférence sur des points hauts de manière à utiliser la gravité naturelle et le principe des vases communicants. La platitude du Médoc n'offre guère de hauteurs. Ce qui explique que les réservoirs d'eau de la presqu'île sont presque tous posés au sommet d'une tour. Le niveau d'eau – chlorée pour éviter la contamination par micro-organismes - est maintenu par pompage.
> On peut discuter l'intérêt esthétique de ces ouvrages dont certains mouvements écologistes radicaux demandent qu'ils soient rasés du paysage. Même hors service, ces tours souvent disgracieuses, il est vrai, sont louées par les compagnies d'eau pour recevoir au sommet de leur corolle des antennes de téléphonie mobile. Dans un monde parfait, l'argent de la location pourrait servir à redorer le blason de ces châteaux, à les rendre moins austères. Ce qui est rarement le cas. Un contre-exemple intéressant se trouve au Taillan-Médoc : le réservoir en forme de soucoupe volante est illuminé à la nuit tombée. Mais globalement, l'époque est plus ouverte aux ronds-points décorés… Une poignée de passionnés sont à la recherche de châteaux d'eau désaffectés à acheter pour les transformer en lieu d'habitation. De la même manière que d'anciennes stations-service sont reconverties en logements. Aux Etats-Unis, il existe même un micro-marché de l'immobilier spécialisé dans la vente d'anciens silos de tir pour missiles nucléaires. Ah ! ces Américains.